Jesse ‘Baby Face’ Thomas est né en 1911. En Louisiane, dans un milieu rural. Agé de 15 ans, il quitte l'école, les champs de maïs et de coton, visite Shreveport, Crandall et Dallas dans le Texas, où il rencontre Lonnie Johnson, Texas Alexander et Blind Lemon Jefferson. En 1928, son frère aîné, Willard ‘Ramblin’ Thomas enregistre à Dallas. Jesse l'imite un an plus tard, pour le label Victor. Il devra cependant attendre vingt années de plus pour enregistrer à nouveau, notamment chez Modern et Elko. En 56, il se fixe définitivement à Shreveport. Il y meurt en août 1995.
Son 1er album, "Down behind the rise", est paru en 79. Trois elpees suivront, dont le dernier "Lookin' for that woman", est paru chez Black Top. Il sera d'ailleurs achevé quelques mois à peine avant sa mort. La présente session date de 92. Elle réunit autour de Baby Face, le guitariste John Primer, un ancien du Muddy Waters Band, et le pianiste de jazz, Jodie Christian. La musique authentique, assez minimaliste de cet album est sans surprise, et la voix plutôt fatiguée. Il est vrai qu'à l'époque, l'artiste affiche déjà 80 ans passés au compteur.
La sobriété de l'environnement sonore est omniprésente. A l'instar de l'ouverture "Blues is a feelin", au cours de laquelle la guitare acoustique et le piano de Christian s'emboîtent avec bonheur. Nul ne peut douter un seul instant que l'homme a du vécu, qu'il a voyagé sur les routes du temps présent mais surtout d'un passé si chargé. L'émotion est permanente, directe, au premier degré. Sur "Married woman ", la guitare est très pure. Elle vibre et transpire. Les cordes sont pétries de manière très experte. Je présume que c'est le très doué John Primer qui se réserve les soli, le plus clair du temps. A l'instar de "Boogie everywhere" et de "Santa Claus". "Please believe me" et "Rain sleet or snow" sont des blues à fleur de peau, tellement primaires, mais tellement bons… Ce downhome blues reste présent d'un bout à l'autre de cet opus. Une œuvre qui souffre, sans doute, d'une certaine uniformité, mais qui respire tant les origines du blues que Jesse a vécues. Je soulignerai enfin la présence discrète, mais tellement efficace du piano de Mr Christian sur "Sad old world" ; et puis l'entente parfaite des trois musiciens concrétisée sur un "Jesse, John & Jodie jam", qui en dit bien long!

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