Qui ne connaît la passion que voue Walter Depaduwa, alias Doctor Boogie, à la cause de la boogie music ? Une passion qui le dévore en permanence. Toujours le pied au plancher, l'homme ne s'arrête jamais. Cette passion l'a amené à concocter, dans le passé, une demi-douzaine de collections. Labellisées Dr Boogie, elles sont sorties sur le label national, Rowyna Music. Pour cette nouvelle anthologie, il a fait fort, puisque la machine de guerre Virgin est derrière ce nouveau projet. Pourtant, Walter aurait souhaité colorer cette idée de blanc et de noir. Un certain réalisme a voulu que ce "Bompa boogie" soit uniquement teinté de blanc. Le contraste sera donc pour demain.
Parmi les 18 plages retenues, certaines vous seront sans doute familières. Quoique, et ce n'est pas un reproche, certaines datent déjà. Le Docteur ne peut décidément pas se mettre à l'ouvrage, sans glisser sur la platine un disque de Canned Heat ; il est vrai, le boogie band par excellence. Caractérisé par le piano roulant de Sunnyland Slim, "Turpentine Moan" s'imposait. D'autant plus qu'il s'agit d'un extrait du meilleur album du Heat, "Boogie with" !
Le best group de R&B américain était, et vous pouvez me croire, le J. Geils Band. Apparu à l'aube des 70s, il impliquait J. Geils à la guitare, Magic Dick à l'harmonica et Peter Wolf au chant. Issu de leur premier opus, "Wait" démontre toute l'étendue de leur talent.
Au cours des années 80, c'est le Texas qui a ramené beaucoup d'oreilles égarées au bercail du blues. Ce qui nous vaut la présence de leurs meilleurs représentants. Les Fabulous Thunderbirds notamment, pour cet extraordinaire "My babe". Jimmie Vaughan nous présentait alors son jeune frère, Stevie Tay. Une introduction illustrée ici par le rocker au groove pas possible, "The house is rocklin'". Voilà pour le gâteau.
Mais ce que je vous conseille de goûter sans réserve, chez le Docteur, ce sont les cerises qu'il y dépose. Délicieuses, acidulées, sauvages, elles ont même parfois le goût de pêche. Un délice ! A l'instar du "That's the truth" de J.B Hutto, contaminé par la slide de Jimmy Hall. Jimmy était le leader de Wet Willie, un groupe sudiste des 70’s. La slide (NDR : également !) de l'extraordinaire Mike Henderson et le piano rivalisent d'audace et d'agressivité sur une autre composition de J.B Hutto, "Hip Shakin". A elles seules, ces deux perles concentrent toute la boogie passion qui coule dans ce CD. Un son souvent sale, gras et poussiéreux colle à la musique.
Une adhérence qu'on retrouve chez Hook Herrera, Cub Koda et Mambo Chillum. Regretté musicologue Cub Koda dissèque à vif le cœur du Bo Diddley beat. Malgré une existence trop brève, le Chillum possédait cette folie créatrice qui manque à tant d'artistes aujourd'hui.
Impossible de citer tout le monde sur cette anthologie. Sachez simplement que cet opus ne souffre d'aucune faiblesse. Et laisse même un espace à la découverte. A l'instar du swing de la hard rockeuse Pat Benatar devant Roomful of Blues, du hillbilly furieux des Australiens Red Rivers, de la voix brûlante d'Eddie Hinton, du rockin' shuffle de Gary Primich , du nouveau swing band de L.A., 2.0000 Lbs of Blues et enfin du boogie woogie de Lee Roy Parnell.
Je tiens également à remercier le Docteur d'avoir laissé la porte ouverte à Mick Clarke. Parce qu'il porte son rockin' blues anglais depuis plus de trente ans. C'est à dire depuis ses débuts dans le Killin' Floor, lorsqu'il jouait en compagnie du pianiste Lou Martin. Continue de courir Walter et don't forget…

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