En 1983, Brian Eno, ancien membre du mythique Roxy Music, s'associait à un quatuor Irlandais qui répondait au nom de U2. Cette rencontre allait constituer le point de départ d'une émulation créative mais surtout d'une popularité mondiale que même Simple Minds ou Depeche Mode ne sont jamais parvenus à atteindre au cours de leur carrière respective.
En 1993, soit exactement 10 ans plus tard, Eno décide de rééditer cette aventure. En compagnie d'un groupe prometteur, issu de Manchester, dont les ventes viennent d'exploser en Angleterre. Il s'agit de James. La personnalité du chanteur, Tim Booth dont le charisme n'a rien à envier à un Bono, un Jim Kerr ou à un Michael Stipe ; et l'esprit, résolument ouvert et curieux de la formation mancunienne, suffisent à séduire le célèbre producteur. On enregistre à ce jour cinq albums nés de cette heureuse collaboration. L'atmosphérique, presque religieux " Laid " (1993). L'expérimental, complexe, âpre " Wah wah " (1994). Les plus abordables " Whiplash " (1997) et " Millionaires " (1999). Enfin, " Please to meet you ", tombé dans les bacs voici deux semaines ; et qui agrège harmonieusement les explorations antérieures.
Comme d'habitude, James s'inspire d'un grand nombre de références. Tout d'abord celle de l'inévitable U2. Notamment lorsque les guitares puissantes, acérées, poussées à la limite de la saturation, sont profilées sur " I will follow " de " Boys ". Ou encore lorsque le timbre vocal de Tim, chargé d'émotion, se colle à la structure musicale électrique, groovy, voisine de celle que nous offre la formation irlandaise, sur son dernier album. Chumbawamba y trouve également son compte. Tout spécialement sur la seconde moitié d'" English Beefcake ". A cause des rythmes endiablés, de ses chœurs harmonieux et de son humour des plus anglo-saxons. Parfois l'ambiance se fait plus ‘trip hop’ comme sur " Junkie " dont les arrangements sont dignes d'un Portishead. Pensez encore à Garbage quand les sonorités électroniques émergent, de manière inattendue, au cœur des changements de rythmes. Et même à Granddaddy sur " Pleased to meet you ", titre maître de l'opus dont le mur de guitares est consolidé par l'orgue hammond. On n'oubliera pas deux compositions plus celtiques où le violon, le banjo et l'harmonium sont davantage mis en avant. Deux fragments aux accents tantôt proches des Levellers, tantôt proches des Waterboys. Enfin, l'album se clôture par un très curiste " Alaskan pipeline " (rappelez-vous la période " Pornography "). " Pleased to meet you " se révèle, en tout cas, un elpee très varié, agréable, plus constant que ses prédécesseurs. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le New Musical Express lui accorde une note positive (6/10), la première depuis huit ans ! Et si le superflu " Fine ", grevé de consonances " ambient ", avait été remplacé par " Coffee and toasts ", une chanson digne de la première époque du groupe (Stripmine), et téléchargeable sur le net par l'intermédiaire du CD, " Please to meet you " aurait pu constituer un sérieux candidat aux places d'honneur des albums de l'année. Depuis bientôt vingt ans, sur chacun de leurs disques, apparaissent l'un ou l'autre titre fantaisiste. Alors, petit lapsus systématique ou jeu de la provocation ? Connaissant ces lascars ; je pencherais pour la deuxième hypothèse…

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