Avouons-le, peu fréquents sont les groupes qui évoquent tour à tour Eclat, Obispo, Sheller, Dead Can Dance, Era, Brel et … feu Klaus Nomi ! Il y a pourtant un peu de tout cela chez Amanda. Pour son premier CD, le groupe belge revendique un ton neuf. Si on peut le leur accorder, c'est surtout à cause de leur aspect inclassable, car leur style, pour le moins original, est la synthèse d'ingrédients déjà exploités. N'empêche, le groupe rate probablement de peu un beau succès. Les mélodies sont plaisantes, la production et l’orchestration quasi-irréprochables. Les paroles, parfois sibyllines, échappent aux standards en vogue. Le chant est clair et évoque parfois Sheller. Mais il est aussi souvent emphatique et se plaît dans les aigus à la façon de Klaus Nomi. Les harmonies vocales, nombreuses et particulièrement soignées, font toujours mouche. Grâce à leur parenté fugace avec des chœurs d'opéra, des chants grégoriens ou inspirés par Dead Can Dance, elles constituent d'ailleurs l'atout majeur de l'ensemble. Alors, où est le problème ? Le propos musical, malheureusement très ténu et cantonné à un accompagnement (correct) du chanteur. Quatre ou cinq plages valent vraiment le détour. C'est le cas de « Welcome… », bien balancée et d'une ambiance dramatique soutenue. La plage titulaire, brodant sur un thème un peu mystérieux, est aussi de celles-là, notamment par son aspect lancinant. « Gloria Victis », chanté en latin, est bon dans son créneau gothique grand public. Et « Demain » est une réussite totale, énergique et sautillante. C'est aussi la plus brillante référence à Klaus Nomi, supérieure à la production moyenne du maître. « Falaises » dure plus de 20 minutes et aurait dû constituer la pièce de résistance de l'album. Ce morceau s'avère pourtant le moins intéressant. Loin de reposer sur une construction complexe ou de proposer une progression, il n'est qu'une suite de séquences mélancoliques tournant autour du même thème. Et si, prises séparément, aucune d'elles n'est désagréable, l'ensemble s'avère lassant, notamment à cause du tempo uniformément lent (le passage le plus 'endiablé' étant… une valse !). De plus, entre prog, gothique et chanson française, « Falaises » ne trouve pas vraiment son identité. Signalons quand même, qu'au bout de 6 bonnes minutes, elle épingle un superbe chœur évoquant furieusement DCD. Plus loin, un chant écorché sur air d'accordéon : pour un instant, pour un instant seulement, on pense à Brel et son ami Jef. Dommage en fait que le morceau ne soit pas découpé en plusieurs fragments, afin que l'on puisse accéder séparément à ses meilleurs passages sans se taper le tout. Sur ce premier opus en tout cas, Amanda est plus brillant dans la concision. Côté positif, notons encore que le groupe révèle un évident souci du détail, varie pas mal les sonorités et ne manque pas de subtilité. Vraiment, il ne leur reste qu'à bien étoffer leur propos musical. S'ils choisissent cette voie, leur prochain CD s'avérera, à coup sûr, fort intéressant.

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