Parmi les bluesmen blancs, Rod Piazza est sans doute celui qui possède la plus solide expérience. Et pour cause, il compte déjà la bagatelle de 44 années de carrière. Ses débuts, il les a accomplis au sein du Dirty Blues Band, avant de passer chez le Bacon Fat, en compagnie de son mentor, l'harmoniciste noir Georges Smith, un ancien du Muddy Waters Band! Il y a également trois décennies que Rod est aux commandes des ses Mighty Flyers, aux côtés de sa charmante compagne, Honey Alexander. Au cours des dernières années, son nom a davantage été mis en vitrine ; et notamment depuis la sortie de son précédent opus, "Thrillville". La formation répond donc aujourd’hui au patronyme de Rod Piazza & The Mighty Flyers Blues Quartet. Honey double maintenant les claviers et les parties de basse, alors que le reste du line up est identique ; c’est-à-dire le guitariste Henry Carjaval et le batteur Dave Kida. Invités lors de la sortie de la confection de l’opus précédent, les saxophonistes Jonny Viau et Allen Ortiz sont apparemment de plus en plus intégrés à l’ensemble.
Instrumental, "Soul monster" ouvre la plaque. Rod empoigne son harmonica chromatique. Le tempo est funky. Dommage que la basse soit assurée par les pédales du clavier de Miss Honey ; le résultat manque manifestement de chaleur. Si le couple Piazza est capable de composer ses propres chansons, c’est un domaine que Rod a rarement privilégié, préférant reprendre des canons du blues. Le quartet attaque le "Can't stand to see you go" de Jimmy Reed ; un compo imprimée sur un mid tempo. Les interventions de Honey au piano sont judicieuses. Voire même brillantes. A l’instar de la superbe cover du "Key to the highway" qu’on attribuera à Big Bill Broonzy. Le notoire "Queen Bee" de Slim Harpo évolue sur un rythme soutenu que renforce les sax de Viau et Ortiz. Un véritable rouleau compresseur ! L’adaptation du "You better watch yourself" de Little Walter est particulièrement dynamique. Ce grand souffleur de Chicago est bien entendu l'un des grands maîtres de notre Californien ; et cela s'entend! Dave Kida excelle aux percus sur "Cheap wine", un excellent r&b qui baigne dans l'ambiance festive de la Nouvelle Orléans ; une plage au cours de laquelle les deux sax ténor épaulent remarquablement leur leader. Instrumental tonique voire agressif, "Sunbird" est issu de la plume de George ‘Harmonica’ Smith, une autre inspiration majeure de Piazza. Et l’exercice de style est parfait ! Le Blues Quartet aborde enfin le west coast blues, lors de la reprise du "That's what's knockin' me out" de Jimmy Liggins. Dommage encore qu'une basse acoustique ne soit pas venue amplifier le groove. "Tell me about it Sam" est la plage qui m’a fait le plus flasher. Un blues lent, bien imprégné de l’esprit texan. Issue de la plume de Rod, elle avait été écrite en souvenir d'un concert accordé à Syracuse (New York), en 1992, lorsque Sam Myers avait rejoint l’équipe sur les planches. Piazza met toute son âme pour rendre ce brillant hommage au souffleur noir disparu, devant un Carjaval rageur et brillant. Autre instrumental, "Expression session" est une autre compo signée Piazza. Faut dire que dans ce domaine, il est excellent. Notamment, quand ce thème est destiné à mettre en exergue ses interventions à l’harmonica. La bonne surprise nous vient de Carjaval au chant. Il se réserve donc les vocaux pour deux plages. Tout d’abord un "Ko ko Mo (I love you so)" très saignant, pimenté d’accents latinos, et une version du "Talk to me" de Joe Seneca, une ballade imparable, très fifties dans sa conception. De bonne facture, cet opus s’achève dans une ambiance festive par "Hey Mrs Jones", un morceau au cours duquel Mr Viau se réserve une brillante démonstration au saxophone…

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