Une bonne surprise, puisque j'ignorai l'existence de ce noir débonnaire, répondant au surnom d'Harmonica Shah. Un musicien originaire d'Oakland en Californie où il est né en 1946. Il a été élevé à Summerville au Texas et a finalement abouti, en 1967, à Detroit, la Cité du Métal. Depuis, il fait partie de la scène blues locale, au même titre qu'Eddie Kirkland, Eddie Burns ou des Butler Twins. Son blues est urbain, électrique, mais les profondes racines sont présentes en permanence. L'album a été enregistré en prise directe. Et s'il a été enregistré en studio, il n'a bénéficié d'aucune logistique technologique. C'est donc bien du blues à l'état brut que nos oreilles découvrent.
Shah aborde " Dun made my gateway " en rendant hommage à Buddy Guy et Junior Wells, dans un style très direct, sans fioritures, qui navigue quelque part entre Howlin' Wolf et Magic Slim. Shah souffle bien, mais sa technique est assez rudimentaire. Invité à la guitare, Howard Glazer n'est pas du genre discret. Il a réglé son ampli au maximum, et joue avec beaucoup d'écho. L'homme est habité par le blues. C'est indiscutable sur le lent "Bloodstains upside the wall". Un blues à ras de terre qui vous décoiffe au passage. Su-per-be!! Si Shah n'a pas la technique innée, il est saturé de feeling. Ce qui explique pourquoi son discours à l'harmonica passe la rampe admirablement. Sa version de "Mellow down easy" est un bonheur. Une formule ultra simple, mais gagnante à coup sûr. Et lorsqu'il maintient le rythme, il évolue à proximité du style très roots de Magic Slim. Avec bien sûr, l'accent réservé, non pas à la guitare, mais à l'harmonica. A l'instar de "Don't kick me to the curb", "Eyesight to the blind" et de la cover de Sonny boy Williamson, "Born blind". Et, vous l'avez compris, même si l'homme de Detroit est très imbibé de la fameuse Hastings street, c'est bien l'atmosphère du South Side de Chicago qui se dégage tout au long de "Deep Detroit". Et, au bout de l'album, il devient complice d'un autre merveilleux bluesman, Jimmy Reed. Pour y souffler dans les aigus sur "Repro man". Enfin, avant de clore l'opus, il vous inocule un dernier frisson, en interprétant le lent "Once upon a time". Il était une fois….un excellent bluesman, appelé Harmonica Shah. Laissez-vous tenter!

Nederlands
Français 
