Que de chemin parcouru par Marc Thijs, depuis ses débuts musicaux en 1986 ! Depuis l'enregistrement live au Banana Peel, commis en compagnie de son premier groupe, Finsbury Park Empire, en passant par l'étiquette texane, collée par les Slime Hunters. Marc est d'ailleurs proche de Kim Wilson quand il chante et souffle dans l'harmonica. Après avoir transité discrètement par les Healers, Marc s'est mis, avec un réel bonheur, à la guitare. Et en montant les Electric Kings, il est devenu le leader de notre meilleur blues band, avec El Fish. Les fréquents trips accomplis sur la West Coast, au cours de ces dernières années, lui ont apporté l'expérience du terrain qui lui manquait sans doute encore.
Marc avait frappé très fort, lors de son passage au BRBF de Peer. Il frappe aussi fort avec la sortie de ce nouvel album. Un disque très personnel, enregistré pour la plus grande partie en Californie. Les merveilleux musiciens qui l'accompagnent sont des amis, des grands qui ont toujours cru en son remarquable talent. On y retrouve ainsi l'ancien bassiste des Paladins, Tommy Yearsley, le bassiste et saxophoniste Jeff Turmes. Un compagnon de longue date de James Harman qui a depuis monté son propre groupe, en compagnie de sa ravissante compagne, Janiva Magness.
Marc a surtout œuvré dans le jump style ces dernières années. Il va encore plus loin dans l'authenticité avec "This is Tee". Cela saute aux oreilles dès les 1ères mesures de "All the time". Un exercice vocal, très doowop, sur fond musical minimaliste, partagé entre la basse acoustique de Tom les drums de Tee. Le sax de Jeff Turmes fait son entrée pour "Tell me where". L'exercice vocal est manifestement le haut fait du Marc T "2000". L'orgue de Frederik Vandenberghe ouvre "Just what it takes" au sein d'un environnement très gospel. Titre exceptionnel, "Nothin' but a nothin" produit un son pourri, d'une autre époque, mais avec classe. Le rythme y est. Marc chante comme un shouter et libère enfin ses cordes. Le travail vocal est impressionnant, sur le bien nommé "Happy guy". Marc est super heureux et prend un réel plaisir à l'écoute du trombone de Tom Yearsley Junior, 10 ans à peine, sur le tout aussi bien nommé "Life ain't funny". Et lorsque Marc est au bout du rouleau, il parvient à nous arracher des larmes. Il est alors très proche d'un Screamin' Jay Hawkins au sommet de son art. Impression similaire qui se détache de "Can't stand the way you love me", lorsqu’il nous plonge dans un climat volontairement lugubre. Le guitariste réapparaît souverain sur "Feel so good". Un rock'n'roll, ficelé comme le meilleur Little Richard. Le tempo reste au rouge pour "Through the bottle in my hand". "Time" campe un rockabilly R&B participatif, marqué par les hurlements du sax baryton de Roel Jacobs des Seatsniffers. Au piano, Frederik est au diapason des autres musiciens. Il y fait sautiller ses notes pour la reprise extraordinairement rythmée de "Voodoo woman blues", de Jimmy Witherspoon. Et pour clôturer l'album, il nous réserve une autre reprise, "In my lonely room" de Titus Turner (NDR : dont le surnom était, tiens donc, "Tee" !). Tee Thijs n'a pas créé une nouvelle musique, bien sûr ; mais si nous venons de faire un bond dans le passé, et en particulier dans les 40s et 50s, il parvient également à se démarquer du papier carbone, souvent utilisé ces derniers temps Il réunit des atouts que peu de ses pairs peuvent présenter Une voix (NDR : et quelle voix !), un musicien qui touche à tout, un compositeur et un producteur qui possède la faculté étonnante de tout intégrer dans l'ensemble. Chapeau bas!

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