Delta Groove est probablement le label le plus prolifique dans l’univers du blues. Enfin, au cours des dernières années. Les Mannish Boys c’est un peu leur groupe fétiche. Un collectif impliquant un grand nombre de musiciens qui opère habituellement du côté de Los Angeles. Il compte déjà à ce jour huit années d’existence. Et “Double Dynamite” constitue son sixième opus ; une œuvre partagée en deux disques pour pas moins de vingt-six plages.
Le line up initial implique les chanteurs noirs Finis Tasby et Sugaray Rayford, l’harmoniciste Randy Chotrkoff (NDR : par ailleurs patron de Delta Groove), deux guitaristes (NDR : soit Kirk Fletcher et Frank Goldwasser) et la section rythmique réunissant Willie J. Campbell et Jimi Bott. De nombreux invités ont participé aux sessions d’enregistrement qui se sont déroulées au studio Ardent, à Torrance.
La première plaque est sous-titrée “Atomic Blues”. Au menu, un concentré de Chicago blues. La slide de ‘Paris Slim’ Goldwasser introduit le classique “Death letter”. Sugaray chante d’une voix puissante ce morceau signé par le mythique Son House. Rod Piazza se réserve l’harmonica, Elvin Bishop la slide et Tasby le chant sur le “Mean old world” de Little Walter. Et on baigne déjà dans le véritable bonheur. Tout au long du “She’s 19 years old” de Muddy Waters, nous pénétrons dans le Chicago southside. Jackie Payne est préposé au vocaux et Piazza souffle comme un dieu. Mud Morganfield, le fils à Muddy, chante “Elevate me mama”, un titre issu de la plume de Sonny Boy Williamson, un blues lent au cours duquel Rob Rio siège derrière le piano pendant que le notoire Bob Corritone se consacre à la musique à bouche. Superbe Chicago shuffle, “Please forgive me” a été écrit par Chortkoff. Il prend ici le rôle de souffleur, derrière Rayford. L’elpee regorge de plages remarquables. Jason Ricci est à l’harmonica sur “Everybody needs somebody”, une compo signée Little Walter. James Harman chante son “Bad detective”, soutenu par de brillantes interventions de Fletcher aux cordes. Glodwasser vient donner un coup slide magique à “Bloody tears”, pendant que Rob Rio ressuscite le légendaire Otis Spann au piano. Enfin, Morganfield chante, en finale, le “Mannish boy” de son père!
La seconde plaque est sous-titrée “Rhythm & blues explosion”. Nous quittons le blues urbain chicagolais pour nous rendre au sein d’un climat plus dansant, celui de Memphis. Ce cd s’ouvre par le “Born under a bad sign” d’Albert King. Les enchaînements sont parfaits. Les cuivres sont bien présents. Mike Finnigan siège derrière l’orgue Hammond et Elvin Bishop se charge des cordes. Les interventions de Fletcher sont détonantes tout au long de “That dood it”, une piste qu’il attaque dans un style jump qui lui est bien familier. Ce compact-disc recèle trois covers de James Brown. Tout d’abord “You’ve got the power”, un morceau indolent chanté par Rayford et Cynthia Manley, au cours duquel Nathan James se révèle bouleversant à la guitare. L’instrumental funky “Cold sweat”, ensuite. Enfin “Why does everything happen to me”, encore une composition lente, adaptée à la sauce louisianaise. Finis Tasby chante cette plage empreinte d’une grande sensibilité, pendant que Kid Ramos se charge des cordes. Mike Finnigan s’accompagne au piano pour chanter le “Mr Charles blues” de Ray Charles. Et sa performance est épatante. Le “You don’t love me” de T-Bone Walker est un exercice de style fort bien ficelé. Une piste qui regorge de swing, au cours de laquelle Tasby se réserve les vocaux, pendant que Kid Ramos est passé aux cordes et Fred Kaplan au piano. La virtuosité de Kaplan aux ivoires sur “Woke up screaming” nous rappelle le jeu particulièrement subtil, tout en technique, du grand Junior Watson. Retour au blues classique pour le “West Helena blues” de James Cotton. Rayford chante divinement cette compo pendant que Randy the Boss souffle dans son harmonica diatonique. Le blues dans toute sa splendeur !

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