Pour enregistrer son troisième album solo, le leader du défunt American Music Club a reçu le concours de musiciens particulièrement réputés. Entre autres, Barett Martin, drummer de Screaming Trees, Mike McCready, guitariste de Pearl Jam, Steve Berlin, bassiste de Los Lobos et surtout Peter Buck. Non seulement, le soliste de REM se réserve la plupart des parties de guitare et les backing vocaux, mais en outre, il partage la signature des douze titres de cet opus, ainsi que la production avec Mark. On se demande d'ailleurs pourquoi ce disque n'a pas été attribué au tandem Buck/Eitzel? D'autant plus que les deux personnages réalisent ici la parfaite fusion de leurs deux styles pourtant si distincts. D'abord, il y a la voix d'Eitzel. Apre, brisée, elle se craquelle comme un glaçon plongé dans un whisky chaud, laissant exhaler son timbre alcoolisé par des chansons beaucoup moins angoissées que celles d'AMC, presque allègres dans leur mélancolie. Presque pop dans leur vision " REMesque ". En outre, l'instrumentation y est beaucoup plus riche, plus diversifiée. Le clavier, par exemple y est beaucoup plus présent. Fluide, velouté, un peu à l'instar de Costello lorsqu'il était encore flanqué de ses Attractions. En particulier sur des chansons telles que " Free of harm ", " Stunned & frozen ", le jazzyfiant " Three inches of wall " et surtout le meilleur morceau de " West ", " Move myself ahead ", véritable petit chef d'œuvre dans le style. Et le reste n'est pas mal non plus, caractérisé par des cordes acoustiques, subtilement déchirées de feedback, ou par des accords de piano énigmatiquement syncopés, rappelant que Mark contemplait encore, il y a peu, les débris de ses expériences amoureuses avortées...

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