Le plus souvent assimilé à la scène indie-rock canadienne, Malajube en représente alors la face déjantée. L’explosion brute et juvénile. S’ils projettent des atmosphères denses et puissantes rappelant Broken Social Scene et Arcade Fire, ils restent cependant à mille lieues de leur abstraction et leur lyrisme grandiloquent. Malajube célèbre la vie, la vraie. Dans sa version nature, la mettant à l’honneur à travers ses aspérités du quotidien, ses reliefs ingrats et ses jouissances indomptables. Une pop terre-à-terre que les Montréalais livrent, ô surprise, en français. Certes, un français étouffé et crié, plutôt à deviner que livré à découvert ; mais suffisamment clair pour déguster les paroles crues de ces jeunes délurés. Le cœur y côtoie les tripes, la brutalité s’habille de sensualité, des mélodies rosées enrobent des refrains douteux. Un album bigarré. Sous couvert de métaphores il fait endosser un air juvénile à un contenu criant ce vécu aussi souvent excitant qu’indigeste. Faussement candide, les textes de « Trompe-l’œil » peuvent être d’une gravité insoupçonnée –« Le crabe » y symbolise le cancer, « Monogamie » y dissimule le drame des amours déchus,… Cet art de l’illusionnisme figure aussi au cœur d’univers franchis sans transition évidente, où un style peut aisément en acheminer un autre ; sur « La Russe », le clavier et le vibraphone plongent dans un univers intergalactique d’où surgit ensuite, inattendu, le rap de Loco Locass. De même, « Monogamie », sous un faux départ en ballade acoustique, convoque ensemble pop, chœurs et rock progressif. « Ton plat favori » s’érige en hommage à la musique de saloon, tandis que s’émeuvent les violons et s’étirent les sanglots longs des pianos d’automne. Vif et dense, « Trompe-l’œil » l’est aussi par son instrumentation variée (piano, violon, vibraphone, xylophone, violoncelle, flûte traversière) et ses collaborations improbables (le chant de Pierre Lapointe, le rap de Loco Locass et le génie de Martin Pelland - The Dears). Cocasse et coquin, il approfondit les folies du premier album (« Le Compte Complet » – 2004), sans évacuer le sourire et la fraîcheur d’un tempérament sans complexe. Fougueux sans tomber dans la démesure, joyeux et grave à la fois, Malajube séduit par son côté pathétiquement humain, où le jeune fou est toujours aussi le pirate balafré.
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