Etablie dans la région de Philadelphie, Gina est encore très jeune. Elle fêtera d’ailleurs ses 22 printemps en juin 2007. Elle est atteinte par le virus de la musique depuis qu'elle est haute comme trois pommes. C’est en écoutant Bobby Bland que l'envie irrésistible de goûter au blues et à la soul music l’envahit. Elle n’est alors âgée que de 14 ans. Non seulement cette chanteuse est passionnée, mais, en outre, sa soif d’écrire lui procure énormément d'attention et d'affection de la part de musiciens déjà attitrés. Elle vient donc de concocter son premier album, un disque partagé entre huit de ses compositions et trois reprises. Et sous la houlette d’un autre jeune talent déjà confirmé, Dave Gross.
L'album s’ouvre par "That's a pretty good love", un R&B franc et direct très proche du style de Mr Ray Charles. Mais abordé à la manière d'une chanteuse type de ce genre musical : Big Maybelle. La voix de Gina est puissante, quoique affichant beaucoup de réserve. Elle conduit avec panache cette ouverture très cuivrée. La guitare de Dave Gross est omniprésente. Gina signe "I ain't crazy", un excellent blues imprimé sur un tempo modéré, à la texane. Assurée par le bassiste Scot Hornick et le drummer Mike Bram, la section rythmique se révèle très efficace. Gross décoche une flèche meurtrière sur les cordes. Le solo est énergique, digne des seigneurs ; et en particulier Ronnie Earl et Duke Robillard. Karel Ruzicka Jr déploie beaucoup d'énergie sur son ‘honky sax ténor’. Miss Sicilia chante le "Try me" d'Esther Phillips. Elle injecte beaucoup d'émotion tout au long de cette ballade. Très suggestive, elle est sculptée dans le blues lent. Son timbre est clair, précis, vivifiant : une révélation ! Karel essuie des larmes de bonheur à l’aide de son sax, pendant que piano et orgue se fondent dans le décor sonore. Le swing envahit "One of many". L’apparition de l'harmonica chromatique de Dennis Gruenling, un des fleurons de la côte Est des Etats-Unis n’y est pas étranger. Il signe ici une brillante envolée. "Pushover" appartient au répertoire d'Etta James. Couverte d’accents pop et soutenue de chœurs féminins, cette ballade ‘soul’ rythmée, séduisante et amusante est ici très bien restituée. Toutes les autres compos sont issues de sa plume. "Rest of my days" nous rappelle les lentes ballades popularisées par un Otis Redding au sommet de son art. Arthur Neilson est guitariste. New-yorkais aussi. Mais c’est surtout le gratteur attitré de Shemekia Copeland. Il se réserve ici les cordes. Susceptible de véhiculer une dose d’émotion assez conséquente, le vocal tendre de Gina me fait ici penser à la longiligne louisianaise Marcia Ball. Cette situation semble largement inspirer Dave Gross dans son jeu rythmique. Le titre maître monte en puissance lorsque la vocaliste extériorise sa colère. Caractérisée par sa sonorité réverbérée, la guitare semble sortie des bayous louisianais. Blues cabaret savoureux, "Set my heart on fire" évolue sur un tempo très lent et un ton désespéré. Pour la circonstance, Dave Gross se fait très TBone Walker sur ses cordes. Lance Ong égrène de courtes phrases sur son piano, au bout du studio, tandis que Matt Stewart enflamme sa trompette inspirée par l'heure tardive. Pour notre plus grand bonheur, Dennis Gruenling revient illuminer de son talent "There lies a better day". Gross peut alors jouter à haut niveau et produit sa meilleure sortie de l'album! Bien jolie ballade country, "That much further" est bercée moderato par le rythme d'une valse. Gina chante clairement au milieu des sonorités entretenues par la mandoline d'Arthur Neilson et le violon de Mazz Swift. Et pour ajouter à la couleur locale, Dave a choisi une guitare ‘baritone’ au son grave et réverbéré. Gina achève cet opus de bonne facture par "When my ship comes in", une plage baignant au sein d’un climat similaire, même si pour la circonstance, gospel et musique spirituelle viennent enrichir la solution sonore. Le futur de cette chanteuse est manifestement chargé de promesses…

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