Le west coast est manifestement un des courants du blues contemporain les plus populaires. Il nous vient de la Californie, et tout particulièrement de Los Angeles, une mégalopole qui a enfanté successivement Hollywood Fats, Rod Piazza et ses Mighty Flyers, William Clarke ainsi que James Harman, pour ne retenir que les plus illustres ! Et c'est à Long Beach qu’est apparu The Mighty Mojo Prophets. La naissance remonte à 1997. A l’origine, le line up se résumait à un duo ; c’est-à-dire le chanteur Tom 'Big Son’ Eliff et le guitariste Mitch 'Da Swith' Dee. Leur premier elpee est paru en 2011, chez Rip Cat. Il est éponyme et est particulièrement bien reçu puisqu'il est nominé pour les Blues Music Awards de Memphis. Ce qui leur permet d’attirer l’attention du gourou local, Randy Chortkoff qui les signe sur son label, Delta Groove.
Tom et Mitch ont écrit treize chansons de l’opus. Lors des sessions d’enregistrement, qui se sont déroulées au studio The Compound, ils ont reçu le concours d’une solide section rythmique, en l’occurrence le drummer Alex Schwartz et le bassiste Dave Deforest. Mais également de quelques invités.
"Sweetness" ouvre le feu. Une 'killer' song imprimée sur un bon rythme. La voix de Tom est excellente. Elle est talonnée par l'harmonica d'Alex 'Lil' A' Woodson qui souffle dans les aigus. Mitch Dee en profite pour opérer une première sortie brillante sur ses cordes. Ce dernier prend les commandes sur "The gambler" en insufflant un ton jazz clair et concis, alors que Tom chante d’une voix qui me fait énormément penser à celle du vieux John Mayall. Une piste au cours de laquelle Mike Malone se réserve l’orgue, dans un style proche de Jimmy Smith et qui s’achève par un riff cher à Magic Sam. "Lucky man" trace un axe musical entre Chicago et LA, une direction chère à Lester Butler voire Rod Piazza ; et c’est San Pedro Slim qui souffle souverainement. L’elpee est éclectique. "I can't believe" nous transporte à Memphis et embrasse le R&B local, une piste qui met en exergue le sax ténor de Mark Sample, la trompette de Johnny Vet et l'orgue de Malone. Direction Chicago à l’aide du riff institué par Elmore James pour "The 45". Woodson est à l'harmo, Dee à la slide et Malone aux ivoires. Rien que du bonheur! Le circuit transite alors par le west coast jump, et notamment sur "California" ; en fait un remake chargé de swing du "Caledonia" de Louis Jordan préparé à la sauce ‘angelinos’. Chicago southside, "Remember me" bénéficie de la participation bienveillante de Muddy Waters. Woodson, Dee et Malone sont au sommet de leur art, et le résultat est superbe. Remuant et nerveux, "One for me" trempe dans le pur rock'n'roll. "Strong medecine" emprunte le rythme cher à Bo Diddley ; et pour la dernière fois, Lil' A Woodson embrase son harmonica. Plage acoustique "She's gone" adresse un clin d'œil au Delta du Mississippi, tout en lorgnant vers le rockabilly. L'orgue de Malone est hanté par Booker T sur "Street corner preacher", une plage qui prend congé de Memphis. Superbe, cet opus s’achève par "Whatchulookinfor", un titre proche des racines et dont la mélodie semble inspirée par le classique "Key to the highway"…

Nederlands
Français 
