Né fin des 80’s, ce duo surfe littéralement sur une vague de contrastes. Ils sont pourtant tous deux guitaristes. La longue crinière qui lui tombe sur les épaules, Smokin' Joe Kubek porte maintenant une barbichette blanche. Et il est blanc. Chanteur, Bnois King, lui, est de couleur noire. Depuis leur rencontre, ils ont publié près de 15 albums et sont reconnus par toute la communauté blues. Leurs disques sont d’ailleurs tous sortis sur d’illustres labels. Que ce soit Bullseye, Blind Pig, Alligator et depuis deux ans, Delta Groove. C'est Randy Chortkoff, le boss de cette écurie qui s’est chargé de la production de ce nouvel elpee dont dix des douze plages sont composées par le tandem.
Pour la circonstance, nos deux gratteurs ont reçu le concours de Willie J Campbell (Mannish Boys, ex-Fabulous Thunderbirds et James Harman Band) à la basse et Jimi Bott (Woodbrain, ex-Mark Hummel, Rod Piazza et Fabulous Thunderbirds) à la batterie.
Le duo s’est forgé un style bien distinct. Et dès les premières notes de "Big money Sunny", on reconnaît immédiatement leur patte. Empreinte de délicatesse, la compo est soulignée par la voix veloutée de Bnois et ponctuée par une sortie de guitare toute en créativité. Et "Come on in" qui embraie est tout aussi raffiné. "Nobody but you" nous entraîne au cœur d’un climat digne de Sonny Boy Williamson II. On remarque bien la présence de deux chanteurs et deux harmonicas. Il s’agit de Randy Chortkoff et l'inimitable Kim Wilson. A charge de Jimi Bott de bien imprimer le rythme. Joe et Bnois s’y réservent chacun une sortie sur les cordes, dans leurs genres spécifiques. "Road dog's life" accélère le tempo. Kubek y puise l'inspiration pour décocher une brassée de flèches sur ses cordes. Kim Wilson souffle dans son harmonica sur "K9 blues", un blues classique au cours duquel Smokin' Joe construit un solo qui monte progressivement en puissance, dans un style emprunté à Freddie King, son ex-patron! "The look at your face" est parcouru d’accents exotiques. Ceux de la rumba. Bott entretient parfaitement ce climat à l’aide de ses percussions. Invité, Kid Andersen s’autorise un superbe solo, mais à la touche tellement singulière, si proche du grand Peter Green. Il est aussitôt relayé par un Kubek au sommet de son art. Les deux solistes prennent leur pied face aux superbes interventions de basse dispensées par Willie J Campbell, sur l’excellent blues rock "Face to face". Une surprise ? La reprise du "Don't bother me" de George Harrison. Et Kubek se ménage une splendide sortie lors de cette remarquable adaptation. Kim Wilson se révèle aussi percutant au chant qu’à l'harmonica sur "I ain't greasin'", un blues imprimé sur un tempo élevé. Kubek est à la lap steel et King au crachoir pour "Talkin' bout bad luck", un blues plutôt indolent. Et une seconde surprise nous attend. Après avoir adapté les Beatles, ils s’attaquent aux Rolling Stones. Leur version du "Play with me" est plus rapide que l’originale. Largement infusée de blues, elle met en exergue l'harmo de Chortkoff et les cordes des deux gratteurs. Cet excellent opus s’achève par "That don't work no more", un blues rock solide balisé par une rythmique familière à Jimmy Reed.

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