Curieuse aventure que celle vécue par trois artistes issus de générations différentes qui ont décidé de fonder un groupe, alors que leur seul dénominateur commun était tout simplement l’amour des belles bagnoles et la passion pour le blues. Au sein de ce trio, on retrouve deux vétérans. Tout d’abord Stephen Stills, 68 ans. Ex-Buffalo Springfield, Crosby, Stills & Nash, sans et avec Neil Young et Manassas. Ensuite Barry Goldberg, 70 balais. Originaire de Chicago. Pianiste et organiste de blues. Ex-Electric Flag et autrefois membre du backing group de Bob Dylan. Et puis un jeune. Kenny Wayne Shepherd. 36 ans. Chanteur, guitariste et compositeur de blues rock. Pour la route, le line up est complété par une section rythmique réunissant Kevin McCormick à la basse et Chris Layton (ex-Double Trouble, le backing band de Stevie Ray Vaughan), à la batterie.
Le trio débute en force par "Mississippi road house". La voix de Stills adopte les inflexions qu’il empruntait autrefois chez Manassas. Assurées par Kenny Wayne et le père Stills, les parties de guitare sont bien équilibrées. Ce dernier libère des sonorités sixties et particulièrement fuzz, réminiscentes du Buffalo Springfield. Shepherd chante en puissance "That's a pretty good world", un R&B speedé, calqué sur la mélodie du "Hit the road Jack" de Ray Charles, permettant une rapide libération des cordes. Le style Stills (?!?!) est immédiatement identifiable, dès les premiers accords de "Don't want lies". Chaleureuse, sa voix n'a rien perdu de son charme ; et son sens mélodique est intact. Surprise, le combo adapte le "Search and distroy" d'Iggy Pop et des Stooges, une compo qui préludait la naissance du punk. Les spécificités du genre sont ici préservées. La jeunesse, la fougue et la vitalité de Shepherd font le reste. L’empreinte de Stephen est à nouveau très présente tout au long de "Can' get enough of loving you". Notamment à cause de son timbre. Légèrement éraillé. Qui domine parfaitement ce blues. Sa voix s’autorise même des inflexions enragées. Comme un shouter. Pendant que Goldberg tapisse de son orgue le décor sonore, Kenny Wayne s’autorise un envol empreint d’une grande sensibilité. Ce dernier se réserve le micro pour interpréter le classique de Muddy Waters, "Honey bee", un superbe slow blues, une piste au cours de laquelle Goldberg se charge à la fois du piano et de l'orgue. Dispensés dans leurs styles respectifs, les échanges de guitares sont magiques. Fluide, technique, le toucher de Shepherd est irréprochable. Ecorché, spasmodique, celui de Stills, authentique. Encore une surprise, la cover d’une des compos les plus notoires de Neil Young, "Rockin' in the free world". Stephen rend manifestement hommage à son ancien acolyte. Une version plutôt conventionnelle qu’il chante néanmoins autoritairement. Autre reprise, celle d’un classique du blues ; en l’occurrence le "Talk to me baby" d'Elmore James. Et c’est le sémillant Kenny Wayne qui balise le tout. "Only teardrops fall" est une ballade bluesy de bonne facture. En guise de morceau final, The Rides nous réserve "Word game", une composition signée Stills qui remonte à l’époque du Buffalo Springfield ; une plage qui n'avait jamais mise en boîte. Il existe une version de luxe de cet excellent cd, enrichie d’un Dvd et de trois bonus tracks.

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