"I'm just alive", titre qui ouvre cet album, nous donne immédiatement la couleur. Découpé dans les cordes de guitare torturées, gémissantes, éclaboussé de claviers insidieux, maladifs, avinés, imprimé sur un tempo lancinant, il nous replonge dans le monde fascinant et morbide de Joy Division. Mais si la suite se révèle aussi sombre, semblant vouloir se repaître, tels des vautours, des corps en décomposition de Cave, Cohen, Beefheart, Scott Walker et Jesus & Mary Chain, elle s'ouvre à d'autres horizons plus mystérieux, réverbérant même des échos éphémères de Portishead, Ian McCulloch et Boo Radleys. Une œuvre dont les contes ironiques, menaçants et passionnels farfouillent dans la folie, le cannibalisme, le sadisme et la perversion, traçant à travers ses seize fragments, les contours de l'angoisse, de la cruauté et de l'obsession. Et Delicatessen y exhale un charme surréaliste aussi inattendu que cinématique. On comprend d'ailleurs aussi beaucoup mieux pourquoi le quatuor a choisi pour patronyme le titre de ce film... "Skin Touching Water" adopte même une forme d'existentialisme nauséeux (NDR: Merci Jean-Paul!), dramatiquement gothique, pour être plus précis, comme sur "You cut my throat, I'll cut yours" (NDR: Bon appétit!). Mais en général glisse des climats les plus doux et séduisants aux plus désespérés et sinistres. La voix malveillante de Neil Carlill se chargeant de mordre goulûment la structure sinusoïdale des mélodies à l'air psychédéliquement vicié...

Nederlands
Français 
