Ces Limbourgeois vont, en fin d'année, souffler les bougies de leur dixième anniversaire. Ils avaient ouvert le Belgium R&B Festival de Peer, en 2005. Leur premier elpee, "100 miles", date de cette époque, une fresque inspirée du west coast blues, produite par Marc 'Tee' Thijs. La perle du blues belge a encore publié deux albums par la suite, "Electrified" en 2006, et "Something ain't right" en 2011. Changement radical pour l’enregistrement de leur 4ème opus, puisque Rusty Roots a investi le studio de Mario Goossens, à Hechtel. Et Mario n’est autre que le drummer du célèbre trio belge, Triggerfinger. Le line up de Rusty Roots réunit le chanteur/guitariste Jan Bas, le second gratteur Bob Smets, le bassiste Stefan Kelchtermans et le drummer Nico Vanhove. Le quatuor signe les onze plages de ce long playing.
Première constatation, le style du groupe a radicalement changé. On n’y rencontre plus guère de blues authentique. Rusty Roots est devenu un rock band. Mais qui ne manque pas d’originalité. La mise en forme opérée par Goossens y est sans nul doute pour quelque chose.
Un riff rythmique nerveux, récurrent, ouvre "Come on home". Et immédiatement on pense à la quintessence des compos signées par la paire Jagger/Richards. Mais la comparaison s'arrête ici. La voix de Jan est très personnelle. Actuels, les arrangements sont excellents et reflètent un potentiel pop accrocheur. L'attaque de "Sidewalk" est ponctuée d’accents boogie blues. La mélodie est contagieuse. La sonorité des cordes est bien travaillée. La voix s'impose ; elle domine même l'ensemble. Plutôt acide, la six cordes de Bob est sur la réserve. Quoique bluesy, "Better lover" émarge de nouveau à la pop. A cause du travail de mise en forme opéré par Mario. Il ajoute de petites touches personnelles, comme du clavier, de manière à rendre le son plus fluide. Plus pop/rock, "Ohoo" épouse une trame encore légèrement blues, une compo au cours de laquelle la voix pure de Jan Bas s'impose encore et toujours. Sur "Take me down", Rusty Roots semble s’être converti au swamp rock de Creedence Clearwater Revival ; même le chant rappelle John Fogerty. Indolente, la mélodie de "Smiling face" dessine le contour d'un R&B ; mais l’attitude reste ici bien rock. D’ailleurs c’est la limpidité des cordes qui fait ressortir la voix de Jan. "All I want" adopte une attitude rock'n'roll. La section rythmique porte le chant. Les guitares sont débridées. "Backdoor man" n'est pas le blues que Willie Dixon avait écrit pour Howlin' Wolf, mais il adresse un clin d’œil au géant de West Point. On a même droit au motif hypnotique tellement apprécié par le mythique bluesman noir. Le rythme exotique, la guitare acidulée et le chant superbe de Bas complètent le tableau. C'est manifestement un sommet de l'opus. Le travail apporté aux voix sur "Bed of rose" est assez impressionnant. Les Stones ne sont pas loin ! "Fades out" nous immerge dans l’univers de Neil Young. Pendant plus de dix minutes, la guitare de Bob nous étreint, réverbère ses sonorités dramatiques, psychédéliques ; un exercice de style parfaitement maîtrisé qui préserve le sens mélodique. Et les interventions à l'orgue de David Poltrock (ex-Hooverphonic) communiquent à cette compo une dimension majestueuse. Sculpté dans le soul/funk/pop, "Tell it like it is" achève cet excellent long playing de roots rock…

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