Le First Class Blues band est manifestement une des meilleures formations de blues allemande. A l’instar de son patronyme, c’est même un combo de première classe. Sa naissance remonte à 1991. A l’époque, il avait publié deux elpees chez Acoustic. Le line up implique trois musiciens teutons : Christian Rannenberg (Blues Company), un pianiste comme il en existe peu sur notre continent, Thomas Feldman, qui double au saxophone et à l'harmonica, et enfin, Jan Hirte, à la guitare. Le trio est soutenu par deux musicos noirs. Des Américains expatriés qui constituent la section rythmique : Kevin DuVernay à la basse, et Tommie Harris (ex-Luther Allison Band) à la batterie. Tous les cinq participent aux vocaux ! Jan Hirte est partagé entre différents projets. Il drive son Blue Ribbon et milite au sein du backing band de Guitar Crusher, les Mellowtones. Crusher est un bluesman noir âgé de 83 ans, vivant depuis très longtemps en Allemagne.
L'instrumental "Gasoline walk" pose immédiatement l’album sur rails, une compo qui permet à Feldman, Rannenberg et Hirte, de s’illustrer successivement. Tommie Harris chante "I kicked the habit", un superbe blues signé par le Texan Peppermint Harris. Il y livre toute son âme. Parfait aux cordes, Hirte adopte le style de BB King, mais gratte à la manière du regretté Mike Bloomfield, l'un des premiers sixcordistes blancs à émerger dès les sixties. Il emprunte ensuite celui de Jimmy Reed sur son "Help youself", une piste au cours de laquelle Feldman chante et souffle brillamment dans son harmonica, pendant que Rannenberg balise le tout de ses ivoires magiques. Direction La Nouvelle Orléans pour "Lady luck", une compo écrite par Lloyd Price. Un R&B classieux rehaussé par les interventions habiles de Christian au piano. Nous sommes toujours en Louisiane, mais du côté du pays cajun, pour profiter du "Zydeco boogaloo", un instrumental signé Clifton Chenier, au cours duquel guitare, piano et sax ténor prennent leur envol… "I need you" est un morceau attachant composé par Tommie Harris qui aurait pu alimenter les juke-boxes de la fin des fifties ! C'est au tour de Rannenberg de se distinguer, tout d’abord lors de l’instrumental intitulé "Slidin' boogie", une plage caractérisée par un échange entre le piano et la slide de Jan Hirte. Puis sur "Me and the blues", un blues de Chicago, qu’il chante tout en jouant à la manière de Sunnyland Slim voire d’Otis Spann, au cœur du Southside, alors que Feldman souffle comme Little Walter, à moins que ce ne soit James Cotton. Superbe ! Harris a empoigné le micro pour interpréter "You're gonna get the blues", dans une ambiance festive propre aux quartiers chauds de New Orleans. Hirte chante à son tour le "Breakin' up somebody's home" d'Al Jackson Jr. (NDR : c’est le batteur de Booker T & the MGs). Rannenberg est passé à l'orgue Hammond et invite une guitare bien sentie tout au long de ce Memphis blues. Christian se réserve les vocaux sur le "Lipstick traces" de Naomi Neville ou plus exactement Allen Toussaint, l'un des plus grands artistes de R&B issus de New Orléans! Cet album est une véritable propagande pour le blues pratiqué outre-Atlantique et il s'achève par "Tuff", un instrumental qui rend hommage à Ace Cannon, un brillant saxophoniste issu de Memphis, qui avait notamment participé aux célèbres sessions de Sun Records. Une dernière opportunité offerte à Feldman et Rannenberg de tirer leur épingle du jeu.

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