Samuel Macklin est anglais mais a immigré il y a quelques années à Vancouver, cette petite ville près de la mer qui a inspiré son cinquième elpee. "Small Town By The Sea" constitue sa deuxième réalisation sur Aagoo, un label aventureux du New jersey qui abrite entre autres des oeuvres de KK Null, Blevin Blectom, Philippe Petit, AU, Xiu Xiu et Colin Stetson.
Ce nouvel opus n'est pas fondamentalement différent des précédents. On retrouve en effet l'ambient expérimental ciselé qui a fait la renommée de l'artiste et lui a permis de partager nombre de dates avec Oneohtrix Point Never et Loscil. Mais il y a tout de même un certain renouvellement puisque Macklin incorpore pour la première fois des micro-rythmiques et quelques bribes de voix déstructurées. Il y a également la présence de field recordings puisque hommage oblige, l'album est peuplé de samples de sons enregistrés à Vancouver. Il se clôture d'ailleurs par le doux bercement des vagues de Jericho Beach.
On est donc en présence de l'oeuvre la plus ambitieuse et la plus aboutie de la discographie de Connect_icut. Une remarquable fusion de glitch, d'electronica, de noise et d'abstractions sonores, savamment psychédélique et relativement abordable.
Pourtant, le disque s'ouvre par le morceau le plus hermétique à mon sens, l'austère "Bird Internet. Cueilli à froid par des chants d'oiseaux stridents et une voix inhumaine bouclée, on a du mal à pénétrer dans cet univers fait de drones et de micro scratches soutenus par des beats fantomatiques quasi martiaux. Malgré ce climat un peu hermétique, une certaine transe s'installe et on comprend les régulières comparaisons avec Oneohtrix Point Never et Oval.
"Tennis Players", est une revisite glitch d'un morceau du groupe australien Otouto. La charmante voix de la chanteuse Hazel Brown (collaboratrice entre autres de Serengeti) est torturée et hachée menu mais conserve une certaine poésie post-nucléaire.
Arrive alors l'excellent "Bathrom Mirror" et sa rivière de drones. Une basse répétitive, presque menaçante, tel un glas, confère une atmosphère de procession funèbre, de messe transique au morceau le plus electronica de l'album.
Dans "74 Guitars" apparaît fatalement un sample de guitare au milieu d'une guirlande de sons qui vont et viennent. Une mélodie dronique évanescente traverse ces couches sonores abstraites et psychédéliques. Quelques bribes du Célesta de Sunday Morning surgissent sporadiquement, bien martyrisées par le Max/MSP, le logiciel utilisé par Macklin.
Les deux dernières pièces concluent magistralement "Small Town By The Sea". "Big Siobhán" offre une progression démoniaque. La mélodie minimaliste et lancinante qui parcourt le morceau lui confère une atmosphère étourdissante, quasi claustrophobe renforcée par une boucle de voix mutante. On n’est pas loin du monde de Burial. Et le "Cat Town" final nous plonge pendant 11 minutes dans des climats ambient oniriques où serpentent de légers drones.
Bref, une très belle expérience sonore à la fois enveloppante et menaçante, passionnante et perturbante qui, il faut le signaler, bénéficie de mixages relativement différents sur cd et sur vinyle (sur sillon, les versions sont allongées et plus éthérées). Vivement conseillé pour les amateurs du genre.

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