L’exercice était périlleux…
Quand enfin on se décide à enclencher dans son lecteur, « Horizons » de Détroit, il faut tout d’abord essayer d’effacer de la mémoire, l’histoire qui poursuit Bertrand Cantat.
Ne conserver que la matière, les mélodies, la puissance, les arrangements. Et occulter le reste. Oublier ce qui s’est passé à Villinius, un 27 juillet. Oublier qu’on a aimé, haï, l’artiste…
Périlleux, on vous le disait. Quand la bête s’associe au sordide, il faut être amnésique pour ne pas tomber dans le panneau ; et c’est un véritable défi.
Surtout lorsque derrière une intro à la guitare sèche –trois accords en quinze secondes– apparaît cette voix écorchée qui nous a fait tant vibrer, suer et transporter pendant de si longues années.
Bertrand Cantat émerge. Il sort de sa torpeur. La voix éraillée. Et l’on frissonne… mais pas longtemps.
Intitulée « Ma Muse », cette première chanson, qui repose sur un jeu de mots limite, laisse dubitatif.
La suivante interprétée en anglais, ne vient rien relever. Et pour cause, le Français n’a jamais réellement convaincu dès qu’il se lance dans la langue de Shakespeare.
Aurions-nous surestimé le Palois ?
Le retour de Cantat, c’est ça ? Un album, somme toute bien ficelé, mais banal au possible ?
On se sent beaucoup plus attiré par ce qui se trame derrière la voix et les mots. Quand Pascal Humbert pince ses cordes, Ion Meunier frappe ses fûts, Catherine Graindorge cisaille son archer et Bruno Green emballe le tout sur son clavier. Les mélodies s’enchaînent et tracent un sillon délicat dans la poussière d’une route perdue…
Et l’on repense à cette crainte d’être influencé avant l’écoute de l’elpee. Cette crainte liée à l’histoire, aux histoires.
Et l’on se convainc d’avoir surestimé Cantat.
Il est juste revenu vendre un disque.
Oui mais…
Oui mais, débarque alors « Ange de Désolation ». Car si depuis le début on se détache de la noirceur des souvenirs outranciers liés au personnage, c’est lui-même qui vient apporter, à la lueur d’un flambeau, comme un archer, la flèche qui lui transpercera le cœur.
On reste là, la bouche ouverte, presque choqué qu’il ose, qu’il le fasse. Il revient personnellement dans la pénombre pour assumer, affronter son passé…
Chair de poule.
S’enchaînent ensuite « Horizons », respiration naturelle après l’écho des mots que l’on vient d’essuyer. Et « Droit dans le Soleil », qui signe d’un geste assuré toute la beauté de l’album.
Et puis ?
Et puis plus rien… Nada
Le reste de l’opus semble insignifiant, presque dilué.
Evitons de nous étendre sur « Le Creux de ta Main », une compo qui a permis à Cantat de se faire connaître ou encore « Null & Void », dont le premier mot du titre dit tout haut ce que l’on en pense...
Et quel intérêt y a-t-il encore de se pencher sur la 5 000 000ème version d’« Avec le Temps » de Léo Ferré ? A force, elle use.
Non, plus rien ne vient concurrencer les 12 minutes d’exception insérées en milieu de parcours. Et on croirait presque que c’est intentionnel.
« Horizons » de Détroit se résume à trois plages dissimulées au milieu d’un long playing moyen.
Mais quels morceaux !
Le reste ne valait même pas la peine d’en parler.

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