Entre Forrest McDonald et le blues, il y a une longue histoire d'amour. Né à Austin, au Texas, il s’installe sur la côte Est des USA, pas loin du site du Newport Jazz & Folk Festival, où se produisent des stars du folk et du rock ; et notamment Bob Dylan qui a alors troqué sa sèche contre une gratte électrique. Il y assiste et rencontre notamment Jimmy Page et Jeff Beck. Il rejoint alors le Boston Rock Symphony, un collectif de 11 musiciens impliquant James Montgomery, à l'harmonica. Début des 70s, il émigre vers Hollywood où il se forge une solide réputation et se lie à bon nombre d’artistes. En 1991, il met le cap sur Atlanta. A l'époque, il pousse les portes du célèbre studio Muscle Shoals et immortalise un solo de guitare qui figurera sur "Old time rock'n'roll ", le hit de Bob Seger. Il fonde ensuite son propre label, World Talent. Il acquiert de plus en plus de notoriété (NDR : tout comme son backing group) et enregistre album sur album. Il apporte alors de plus en plus souvent son concours à la chanteuse Kaylon Ward, devenue depuis Kaylon McDonald… "Turnaround blues" est paru en février dernier. Un disque pour lequel il a reçu le concours de plusieurs de ses anciens musiciens issus d’Atlanta.
Forrest compose et se réserve la guitare. Tony Carey se consacre aux claviers (NDR : au cours des 70’s il a milité chez Rainbow, le band de Ritchie Blackmore).
L'elpee s’ouvre par le titre maître. Pas une nouvelle compo, mais une plage qui remonte à 1972. Elle figurait dans le répertoire de Choker, un combo formé à Hull, dans le Massachussets. Ce shuffle est marqué par la puissance vocale d'Andrew Black. Jon Liebman brille à l’harmo sur "Checking on my baby", un Chicago blues saignant issu de la plume de Junior Wells. Black assure le lead vocal. Et sa voix passe bien la rampe. "River of tears" est un blues lent au bord du désespoir. Une piste bouleversante au cours de laquelle Carey double piano et orgue. Et ses interventions sont remarquables, alors que Forrest libère toute sa sensibilité sur les cordes. La cover du "Cross my heart" de Sonny Boy Williamson est excellente. La six cordes est inspirée, l'harmonica de Liebman puissant et généreux, l'orgue de Carey irréprochable. Issue de la plume de Forrest, "I'm a fool" remonte à 1969. Une ballade blues soul particulièrement mélodieuse que chante Andrew d’une voix passionnée et expressive. Superbes, les phrases dispensées par Forrest sont saturées de feeling ; et pourtant, on a l’impression qu’il en garde toujours sous la pédale. MacDonald est un adepte des tempos lents. Ecrit par James Cotton, "V8 Ford" trempe dans le pur Chicago blues. L'orgue Hammond densifie l’atmosphère, afin de bien mettre en exergue l’harmo lumineux et les accords parcimonieux de la gratte. Un blues de grande classe! La section rythmique pousse les solistes vers les sommets, tout au long de "Rock & roll by bye bye", un smoking blues bien nerveux. La voix particulièrement expressive d'Andrew souligne "Only love", un soul blues aux accents swing. Caractérisé par son exercice brillant aux cordes, "Woman across the ocean" est un Texas blues brûlant inspiré par Freddie King. Southern blues rock, "Funny thing baby" libère une fameuse énergie. Les accords de gratte sont légèrement country et lorgnent manifestement vers le regretté Toy Caldwell, un des ex-guitaristes du Marshall Tucker Band. "Now I know" baigne à nouveau dans le blues pur et dur. Et le duo MacDonald/Blackmore me rappelle celui que formait Jeff Beck et Rod Stewart sur "Blues De luxe" (NDR : une compo qui figurait sur le long playing "Truth, paru en 1968). "Stay or walk away" opère une petite incursion dans le country blues, une chouette ballade chantée par Darrell Cobb. Les deux dernières plages sont instrumentales. Proposées sous forme de jam, elles sont partagées en deux volets. Soit "Two for the money", Part 1 & 2, deux morceaux caractérisés par de très beaux dialogues entre orgue et guitare. Un excellent album!

Nederlands
Français 
