Si Blues Karloff replonge les nostalgiques, quarante années en arrière, il assène une véritable claque aux plus jeunes. A cause du dynamisme et de la puissance naturelle de leur musique. Il y a trois ans, le guitariste Fonzie Verdickt et le batteur Georges Milikan décident de monter un groupe. Mais la stabilité du line up ne remonte qu’à une bonne année. Il implique aujourd’hui le bassiste/harmoniciste Frans Ruzicka, le guitariste Paul ‘Shorty’ Van Camp et le chanteur Alfie Falckenbach. Les sessions d’enregistrement de "Ready for Judgement day" se sont déroulées au printemps dernier, au sein du studio Pyramide à Beersel. On pourrait imaginer le BK comme une synthèse de l'évolution du fameux British Blues Boom de la fin des sixties. Il avait ainsi mué en blues rock bien électrique, style que vont adopter les Rolling Stones originels, les Bluesbreakers de John Mayall, le Led Zeppelin, Jeff Beck, Chicken Shack ou encore Mountain, de l'autre côté de l'Atlantique.
Hormis "Mean ol' woman blues", cet opus se caractérise par son homogénéité. Il épingle la quintessence de cette époque, à travers des reprises, tout en retraçant l'histoire du blues. Depuis le mythique Robert Johnson, disparu en 1938, à Muddy Waters, en passant par Howlin' Wolf, John Lee Hooker, Albert King, BB King, Jimmy Reed, Slim Harpo, et j’en passe…
"Ready for Judgement day", c'est la contraction du "I'm ready", écrit par Willie Dixon et célébré par Muddy Waters, et de "If I had possession over judgement day" de Robert Johnson. Et ce "Who's who" du blues est revu au travers de la loupe du blues anglais de la grande époque. Nous pourrions citer toutes les plages. On se limitera aux plus réussies ou au plus singulières.
"Who's been talking" est une cover de Howlin' Wolf, le géant du Chicago blues. La puissance de feu est imparable. Alfie a la voix de l'emploi. Les interventions de grattes exécutées par Shorty et Fonzie sont décapantes. "Train kept a rollin'" a été composé à l'origine vers 1950 par Tiny Bradshaw, un spécialiste du rhythm & blues. Il est ici adapté à la manière des Yardbirds de la fin des 60s. Leur version avait été rebaptisée "Stroll on" et figure dans le film culte d'Antonioni, "Blow up". Le groupe apparaissait au club ‘Ricky Tick’. Et deux guitaristes exceptionnels étaient sur la même scène : Jeff Beck et Jimmy Page. Moins d'un an plus tard, les Yardbirds devenaient les New Yardbirds et enfin, Led Zeppelin. La cover du "Boom Boom" de John Lee Hooker est ma plage préférée. Blues Karloff en a réalisé une version bien personnelle. Falckenbach est en très grande forme. Il est même bien plus féroce que l'Animal Eric Burdon de 1964. Signé Booker T, "The hunter" avait été popularisé par Albert King. Rudy Pieters lui réserve un traitement personnalisé à l’aide de son orgue. "Better by you, better by me" n’est pas un véritable blues, mais un morceau que j’apprécie tout particulièrement. Il figurait en ouverture du remarquable elpee "Spooky Two" de Spooky Tooth, à l’époque où Mike Harrison et Gary Wright étaient encore réunis, pour nous choyer de leurs échanges vocaux extraordinaires. Alfie y excelle au chant. La version du "Shame shame shame" de Jimmy Reed est speedée. J’épinglerai encore le "Got love if you want it" de Slim Harpo, un titre qui figurait au répertoire des Rolling Stones, Pretty Things et Yardbirds, à leurs débuts, le "Neighbor neighbor" de Huey Meaux, que le Graham Bond Organisation, impliquant Jack Bruce et Ginger Baker, avait magnifié en 1965. "If I had possession over judgement day" met en exergue la section rythmique. Elle est en béton ! Et Milikan remet le couvert en tapant vigoureusement sur ses fûts, tout au long "Big boss man". Ce chouette moment de nostalgie, s’achève par le célèbre "Crossroad blues", peut-être comme Robert Johnson aurait pu le proposer, s'il avait encore vécu dans le Chicago des fifties!

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