A l'issue de la première écoute du troisième opus de cet ensemble gallois, nous étions interloqués. Nous ne connaissions pas encore les circonstances qui avaient entouré les séances d'enregistrement, mais nous ressentions un profond malaise. Pas que le disque soit décevant, au contraire! Mais il inocule une mélancolie presque maladive, glacée, bouleversante, alors que les deux premiers elpees des Manics affrontaient simultanément la vindicte, le glamour et le punk. Que s'est-il donc passé? D'abord le groupe a travaillé d'arrache-pied pendant cinq semaines pour concocter ce disque. Et pour se changer les idées, il n'a rien trouvé de mieux que de prendre, sous forme de vinyle, une overdose de Joy Division. Moralité Richey Edwards, le chanteur guitariste, s'est tapé une déprime. Enfin, cette histoire aurait pu arriver plus tôt. Les textes traduisent cet état d'esprit. En général autobiographiques, ils reflètent une vision hantée, incroyablement désolée de l'existence. On se croirait revenu, lyriquement parlant, aux thèmes ‘cold’ développés par Cure, Bauhaus et bien sûr Ian Curtis début des eighties : holocauste, contrôle des armes, anorexie, suicide, dictature. Sans quoi cet "Holy Bible" constitue un superbe album. Les hymnes mélodiques rampant sous le clapotis des vagues de cordes de guitare tantôt acoustiques, tantôt électriques, tantôt venimeuses (Jane's Addiction?) ; des hymnes qui s'agitent convulsivement sur une ligne de basse aux vertus P.I.L. . Bouleversant !

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