Cette formation anglaise est responsable d’une musique mélangeant subtilement rockabilly, swing et blues. Elle compte deux leaders. Tout d’abord le guitariste Martin Vowles, qui a milité chez les Nightporters. Ensuite le chanteur/guitariste Vince Lee, ex-guide de son Big Combo. Les deux personnages sont parvenus à débaucher ; chacun de leur côté, un de leurs anciens comparses. En l’occurrence Al Wallis, le bassiste du Big Combo, et Kevin Crowe le drummer des Nightporters. Depuis 2003, les Wildcards sillonnent les routes. En novembre 2004, ils avaient concocté un excellent album : "On fire!". Et en octobre 2006, ils avaient accompagné le regretté harmoniciste texan, Gary Primich, lors de sa dernière tournée européenne. Le présent elpee est d'ailleurs légitimement dédié à la mémoire de Gary.
La section rythmique ouvre la première plage, "Hang me out to dry". Le tandem est rapidement rejoint par les deux guitares, qui font cracher les deux haut-parleurs. La voix de Vince est convaincante tout au long de cette tranche de rockabilly, marquée par les deux guitares déjantées qui croisent le fer. Une excellente entrée en matière ! "Fool's advice" pénètre au sein de l’atmosphère suffocante des swamps louisianais. La guitare réverbérée de Lee nous plante au cœur de ce décor lugubre. Le tempo reste vif. Vince chante avant que les cordes ne se libèrent pour notre plus grande joie. Ces gars ont manifestement déjà une solide et longue expérience derrière eux. Du vécu, si vous préférez. Et cela se sent. Tout en ne desserrant pas l'étreinte, nos Wildcards s'engagent sur le rythme du calypso. "Hell" porte bien les stigmates de l'enfer. Les cordes de Vince sont loquaces mais ne dérapent jamais. Il ne se réserve, d’ailleurs pas la moindre seconde de répit. Cette plage avait été enregistrée par les Squirrel not Zippers. La reprise de l'intemporel "St James infirmary" accorde une première pause dans le rythme. Bien rendue par la sonorité des cordes, cette marche funéraire est empreinte d'une infinie tristesse. Mais soudain, on assiste à un changement radical d’ambiance. La joie éclate dans les rues de la Nouvelle Orleans. La section rythmique imprime un rythme soutenu. Elle est rapidement rejointe par le duo de guitares. La voix de Lee est exaltée et profonde. Paul Harris a été invité à siéger derrière l'orgue Hammond pour tapisser le décor sonore de la ballade délicate "Lucky, rich and happy". Des flots de swing inondent la déferlante du rythme pour aborder le "Run Joe" de Louis Jordan. A nouveau, l'exotisme du calypso refait surface pour faire revivre ce R&B participatif, dont la naissance remonte à un demi-siècle. Tous les musiciens participent aux vocaux. Les chœurs de ce collectif continuent sur leur lancée en contribuant à l’adaptation de l'irrésistible "Drunk". Caractérisée par son rythme hypnotique, cette compo est signée Joe Liggins. La cover du "Hoodoo preacher" de Gary Primich constitue un des sommets de l'elpee. Tant d’un point de vue musical qu’émotionnel. Il n'y manque que l'harmonica du Texan. Le timbre de Lee est profond et graveleux. Les guitaristes sont au sommet de leur art. Tout particulièrement Vince sur sa Silvertone Espanada. Balisé par les percus, le rythme frénétique évoque les envolées de Howlin' Wolf. Percutant et déjanté, "Raising hell" est un titre assez court. Un rockabilly au cours duquel les cordes métalliques sont indéfectibles alors que la trame des percus est assurée par un Crowe démoniaque. Instrumental, "The future of the blues" s'enfonce encore plus dans la démesure et la folie… D’excellente facture, ce disque s’achève par un blues de l'impossible. Vince chante cette plage contaminée par un rythme cubain. Les percus sont donc complexes. La sonorité dispensée par l'orgue Hammond est étrange. Ce type de compo colle finalement très bien au style des Wildcarts. A cause de leur souci constant de privilégier l’audace et l’expérimentation. Pour la circonstance, les deux gratteurs se lancent dans une dernière épopée magique. On accordera donc le prix de l'originalité à ces Wildcards.

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