Cette formation nous vient de Hildesheim, en Allemagne. Fait remarquable, depuis sa constitution, elle est considérée comme une des plus solides évoluant en Europe. Les Blues Shacks, c’est avant tout les frères Alt. Michael au chant et à l’harmonica ainsi qu’Andreas à la guitare. Ils sont épaulés par Bernhard Egger à la batterie, Henning Hauerken à la basse et Dennis Koeckstadt au piano. Bernhard est le petit nouveau. Il remplace Andreas Bock, un Autrichien qui avait milité au sein du Mojo Blues Band, auprès de Hans Theesink et Christian Dozzler. En outre, il avait drivé son propre band, en compagnie duquel il a réalisé 5 albums. Les Shacks signent ici leur dixième opus. Il fait suite à “Live at Vier Linden”, un elpee commis en 2005. Et, croyez moi, le band a opéré un solide pas en avant ; car il constitue un véritable juke-box consacré à la musique des années 50 : le blues et le R&B. Le tout recouvert par une solide couche de soul. Rien n’est tiré en longueur. Dix-sept plages écrites de leur plume, dont le temps moyen dépasse à peine plus de trois minutes. Car leur espace sonore n’est plus uniquement limité, pour la circonstance, au west coast jump. Un style largement inspiré par T-Bone Walker. Franchement, l’ombre de BB King plane bien plus ici que celle du légendaire Texan.
Deux courants forts guident cet opus. Et tout d’abord le blues. Celui du King de Memphis. Charriant ainsi d’excellentes compos. A l’instar de "Little pins", un morceau lent, brûlant, chargé d’émotion, à la sonorité exceptionnelle. Andreas Alt s’y révèle divin. Et lorsque le tempo s’élève, la qualité est toujours au rendez-vous. "Like a woman that just bought shoes" (quel titre!) en est la plus belle démonstration. Dennis assure vigoureusement derrière son maître gratteur. "So glad I’m in your mind" est du même calibre. "When the night comes down" est sculpté par de courtes phrases qui s’épanchent comme si elles émanaient de Lucille. Oui, oui, celle de BB King ! Les Shacks flirtent aussi avec le boogie, injectant une énorme dose de swing à "Not the one for me" et de rock’n’roll tout au long de "Do my will". Par contre, je ne décèle guère de jump ni de swing sur l’imparable "Three handed woman" ; un morceau modulé par la basse acoustique de Henning et caressé par les balais aériens de Bernhard, au cours duquel le piano laisse les cordes de Mr Alt s’envoler. “The fool I am” émarge aussi au Shacks de conception classique.
Le reste de l’elpee est essentiellement consacré au B.B nouveau. Un climat franchement imbibé de soul et de R&B. L’omniprésence de Raphael Wressnig à l’orgue Hammond B3 y est sans doute pour quelque chose. Il y colore les compos de notes chaleureuses, à l’aide de son clavier. Tout un art mis en exergue sur le R&B "Keep my promises" et le titre maître, trempé dans le soul blues. Toute la générosité et la délicatesse de Wressnig envahit "I understand", alors qu’"Anything but you" épouse un format funky R&B. Concocté dans un esprit fort proche de Sam Cooke, le caractère tex mex et exotique de "Fool when you’re cool" surprend. Tout comme la qualité du chant de Michael Alt. Il s’est réservé pour les parties vocales et ne joue que très peu de son harmonica. "Step back a little" constitue assurément un des meilleurs moments de l’elpee. Bénéficiant d’une partie vocale absolument remarquable, cette ballade soul campe une superbe mélodie. Et "Tears about to fall" mérite également une mention spéciale. Le climat écrasant du sud est ici accentué par les interventions de Michael, qui souffle nonchalamment et paresseusement dans sa musique à bouche! Enfin, signalons encore la présence d’un instrumental digne du géant Texan Freddie King : "Cut it!". Un excellent album !

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