Sur la pochette de cet album live, Dionysos pose en pleine forêt enchantée, entouré de petits monstres qui fument la pipe, un vampire-lune au regard diabolique et une femme arbre aux cheveux de branches. Le dessin est signé Joann Sfar, un des plus talentueux auteurs de BD de ces dernières années (« Le Chat du Rabbin, « Petit Vampire »,…), dont l’univers magique sied bien à la musique du quintette français. Une musique délicieuse et dadaïste qui tire de l’enfance toute sa sève créatrice, son enthousiasme décalé mais sincère, son allant magnifique et charmant. Comme sur la pochette, la pop-rock enjouée de Dionysos semble munie de roulettes pour avancer plus vite et surmonter tous les obstacles avec la grâce d’un skateur en plein voltige. On connaît d’ailleurs les talents de cascadeur de Mathias, adepte fougueux des crowd surfing et des sauts sans élastique… On connaissait moins ses penchants pour l’acoustique, même si le répertoire de Dionysos se prête finalement bien à tous les gommages et les coloriages. Quel plaisir d’entendre « Song For Jedi », « Coccinelle » ou « Tokyo Montana » dépouillés de leurs oripeaux électriques, nous montrant ainsi leurs plus beaux atours comme une femme quand elle se dénude. On remarque alors que les chansons de Dionysos puisent dans les plus fertiles des terreaux d’Amérique : la country et le blues, deux genres à dimension humaine, donc plus proche de nous, de la vérité. Du piano boogie de « Spiderman » et « Surfin’ Frog » aux silences orageux d’« Anorak » et d’« I Love You », on nage en plein bonheur, heureux d’entendre ces chansons comme pour la première fois. C’est bête à dire, mais Dionysos nous rappelle à quel point la musique est d’abord une affaire de plaisir, d’innocence, de rêve et de surprise. Il ne faut pas l’oublier.