Malgré son jeune âge, ce guitariste allemand a déjà un fameux vécu ; et sa discographie en est la plus belle illustration. A ce jour, il doit avoir concocté pas moins de huit elpees sous son patronyme, sans compter la confection de son superbe dernier DVD, "Live at the Luna Bar". L'artiste aime les couleurs. Il a d’ailleurs intitulé cet opus "Blue in Red". Quand on pense que son gratteur favori n’est autre que Peter Green, la palette de couleurs n’en devient que plus ample. Si le blues constitue son inspiration majeure, il faut avouer qu’elle concède de larges touches de jazz, et plus subtilement de rock. Gregor ne chante pas. Et pour cet album, il n’a pas invité de vocaliste. Son œuvre est donc exclusivement instrumentale. Il est épaulé par les musiciens de son band : le bassiste Sascha Oeing, le drummer Bjorn Puls et le claviériste Horst Bergmeyer. Peu de guests.
La cover du "Breezin'" de Bobby Womack est largement teintée de jazz. La trompette de Christian Kappe est très ‘classe’. Malgré ses accents généreux, elle entretient un climat intimiste. Les nuages bleus de "Blue clouds" planent majestueusement. C’est manifestement ce que Hilden fait de mieux. Sa Gibson Les Paul emprunte la tonalité de Peter Green. Le Green des meilleurs jours. Très subtil, son jeu repose sur une ligne mélodique imparable. Ce titre figurait déjà sur le « Live au Luna Bar ». Et comme je l'avais déjà souligné, il évolue dans un registre fort proche d’un autre guitariste anglais : Snowy White! Belle et atmosphérique, sa musique embrasse un swing élégant. Un swing entretenu par la chaleur de l'orgue Hammond B3 ; mais une nouvelle fois la trompette de Kappe, le sax ténor de Volker Winck et les cordes lumineuses du maître de cérémonie. La sonorité des cordes est tellement généreuse et réverbérée sur "Daydream", qu’il est impossible de ne pas penser à Carlos Santana. Pourtant l’orgue et le piano de Thomas Hufschmidt invitent au cabaret, alors que la richesse de la mélodie est bien présente! L’indolent "CD-Special blues" est de toute beauté. Grégor y conjugue puissance et dextérité, pendant que l’orgue Hammond tapisse l’ensemble de ses sonorités caractéristiques. Hilden vit sa musique. Et il parvient à communiquer ses sentiments de désespoir, même lorsqu’ils sont éphémères. "Zak" baigne dans un jazz pur et dur. La basse est versatile. Les balais graciles entretiennent un swing qui inspire les solistes aux cordes et à l'orgue. "Trading time" constitue la surprise de l’opus. Une compo judicieusement intitulée. A cause des échanges opérés entre les cordes en picking de Hilden et celles de son ami américain Tom Principato, dans un style franchement inspiré par Albert Collins. "Way baxk home" nous replonge dans un climat paresseux et atmosphérique. Ce qui permet au saxophone de Winck de prendre la clef des champs. Plus dansant, "Listen here" évolue quelque part entre le R&B (NDR : fluidifié par l'orgue Hammond, façon Booker T) et jazz plus complexe (NDR : pensez au Ramsey Lexis Trio). Le sax et l'orgue servent encore de rampe de lancement aux cordes étincelantes de Gregor. On n’oubliera pas le titre maître gorgé de swing ; et puis la finale "Shades of gold". Un morceau au cours duquel Hilden tient à cœur de nous quitter sur une touche mélodique et empreinte de charme…

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