Al Basile et Duke Robillard se connaissent depuis plus de trente ans. Ils partagent une même passion pour le blues et le jazz. Et puis les aventures musicales de Basile ont souvent croisé celles du célèbre guitariste. Joueur de cornet talentueux, Al a sévi, comme premier trompettiste, au sein du big band notoire, Roomful of Blues. De 1973 à 75. Il a également collaboré à l’enregistrement de tous les elpees de Duke Robillard depuis 1988 (NDR : le premier, "You got me", est paru chez Rounder). Mais Al dispose de plusieurs cordes à son arc. Non seulement c’est un excellent instrumentiste, mais il est également chanteur, compositeur, arrangeur et poète. Il a commis son premier elpee en 1989 : "Down on Providence Plantation". Enseignant, il a pris sa retraite l'année dernière. Il en profite donc pour écrire. "Groovin' in the Mood Room" constitue son cinquième opus. Une œuvre qui démontre sa volonté de se réserver à l'écriture et au chant, délaissant volontairement (et sans doute provisoirement) ses instruments.
Dès l'ouverture, "I got to be the boss", le ton est donné. Un blues rock solide, fortement imprégné de R&B. La voix puissante domine. Elle me rappelle même celle de John Fogerty. Cette excellente composition aurait d’ailleurs pu sortir, tout droit, des bayous louisianais. La cohésion de l’ensemble est impressionnante. Il est vrai que les acteurs ne sont pas des débutants : le bassiste Marty Ballou, le drummer Mark Teixeira et le génial guitariste Duke Robillard. Le rythme prend son envol sur "How much better (better can get)". La voix mâle maîtrise son sujet lors de cette plage sculptée dans le pur rock'n'roll. La guitare du Duke balise parfaitement cette route sonore propice à l’envoûtement. La section rythmique manifeste une puissance de feu étourdissante. "She's on the mainline" fait instantanément mouche. Un R&B caractérisé par la présence des cuivres : Doug James au sax ténor et Al au cornet. "Picked to click" opère un retour au blues dépouillé. On a l’impression d’être englué dans les eaux poisseuses des swamps. La voix est bien posée. Le climat paisible. Légèrement réverbérées, les cordes de Robillard libèrent un maximum d’expression en un minimum de notes. Un travail de maître! "Your turn to pay", constitue, à mon humble avis, la plus belle composition de cet opus. Une ballade douce-amère, indolente, empreinte d’une grande mélancolie. La voix d’Al véhicule ces émotions. Passionnément. Toujours aussi fidèle, Duke y ajoute sa sensibilité personnelle. Avec flamme et intelligence. Une plage absolument remarquable. La musique d'Al Basile est souvent imprimée sur un même tempo. Mais elle se garde bien d’être répétitive. Au contraire. Chaque plage recèle un certain volume d’originalité. Même "Baby sister", une compo inspirée par le "Little sister" de Doc Pomus, interprétée autrefois par Elvis Presley. Al chante passionnément ce morceau embrasé par l'orgue Hammond de Bruce Bears. Autre point culminant de l’elpee, "I'm in the mood" nous entraîne dans une aventure psychédélique. A cause des cordes de Robillard. Trafiquées, puis recomposées à l'envers. C’est le moment choisi par Ballou pour prendre un peu de liberté sur les 4 cordes de sa basse. Trempé dans le southern rock blues, "The show must go on" aurait pu figurer au répertoire des Allman Brothers Band et devenir le théâtre de grands échanges instrumentaux. Duke s’y réserve un petit voyage divertissant. Plage également fort intéressante, "Your rights" est particulièrement inspirée par la country. Un peu à la manière de Delbert McClinton. Duke joue du dobro, de la guitare et, pour la première fois de sa carrière, accorde un solo au piano. Couvert d’accents très fifties, "Take my word for it" est profilé sur un rockabilly. Le rythme libère une bonne dose de groove. Un fragment illuminé par une intervention très métallique de Duke, proche de Scotty Moore. Ballade soul empreinte de délicatesse, "Be a woman" est fluidifiée par l’orgue Hammond. Nous ne sommes ici pas tellement loin de "Your turn to pay". L’histoire d’une vieille Cadillac Eldorado, datant de 1957, hante "Coffee and Cadillacs", un morceau qui marque un retour au rock'n'roll façon Chuck Berry. Cet opus d’excellente facture s’achève par un chanson dédiée à son fidèle ami (NDR : devinez qui?), "You satisfy".

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