Nicolas Backton est né à Gand, il y a 30 ans. Ce jeune chanteur/guitariste belge commet son premier elpee en 1996. Un disque acoustique intitulé "Yazoo River blues". Au cours des cinq années qui suivent, il tourne beaucoup en Belgique, parfois en compagnie de Marc Lelangue. Il enregistre quand même un deuxième opus, "Wait & see". Et se rend au Sénégal, voyage au cours duquel il fait la connaissance de Youssou 'N Dour. En 2001, il croise Christian Michel et François Miniconi sur les routes du Sud, du côté de Perpignan. De cette rencontre naît les Wizards of Blues. Et il y sévit toujours. En 2005, cette équipe développe un projet original : retracer l'histoire du blues en y appliquant leurs arrangements de vieux blues des années 30 et 40. "Back door blues" constitue le résultat de leur travail!
Armé de son dobro, Nico attaque le "Before you accuse me" d'Eugene Mc Daniels. Un titre popularisé autrefois par le Creedence Clearwater Revival et Eric Clapton. Il est soutenu par sa section rythmique : Christian à la basse et François à la batterie. Nico possède une très bonne voix pour chanter le blues et sent parfaitement sa musique. L'artiste puise alors dans ses racines pour reprendre avec beaucoup de bonheur le "Hot times in Old Town" de Mississippi John Hurt, un blues rural qui ne bénéficie que d’un accompagnement minimal. Allègre, cette chanson invite à faire la fête dans la vieille ville. Le timbre métallique du dobro est épatant. Backton dispose d’une voix rocailleuse dont il module le timbre avec un talent indéniable. Il parvient même à sonner authentique au sein d’un répertoire pas toujours facile. A l’instar de son adaptation du "Police dog blues" de Blind Blake. Parfois, il monte le volume sans pour autant atténuer l'intérêt qu'il suscite. Car il respecte la musique qu'il exécute. Même lorsqu’il est seul avec ses cordes électriques. "Big legged woman" en est la plus belle démonstration. Signée Johnny Temple, un des pionniers du préwar blues, la version est particulièrement réussie. Nico a plus d'une corde à son arc. Il joue également du piano. Il y est même convainquant. Sa reprise du classique "Worried life blues" de Big Maceo Merryweather, un des plus grands pianistes de Chicago, en est un parfait exemple. Il adopte un profil très roots pour attaquer le "Lost lover blues" de Blind Boy Fuller. Un fragment illuminé d’un solo mais aussi par la voix. A contrario il interprète le "Allright Mama blues" d'Arthur Crudup d’un timbre ravagé mais authentique, une chanson qui allait être popularisée par Elvis Presley au beau milieu des années 50. Pas de rock'n'roll ici, mais une plage imprimée sur un tempo alerte qui communique d'excellentes vibrations. Il opère une attaque primaire, au dobro, du canon de T-Bone Walker, "Stormy Monday blues". La charge est rugueuse, exécutée à la manière d'un blues d'avant-guerre. La dose d’émotion libérée est phénoménale. Seul, assis inconfortablement sur sa chaise, il manifeste une extrême sensibilité intérieure. Ses doigts accrochent fiévreusement les cordes qui se mettent à résonner. Dommage que ce morceau si intense soit aussi court! Nico démontre toute l’étendue de son expérience en abordant un style totalement différent, très rythmique, sur le "Back door stranger" de Brownie McGhee. Personnellement, je le préfère sous un profil plus classique mais personnel. Notamment dans le domaine des arrangements. Et je pense tout particulièrement au "Drifting blues" de Charles Brown, une plage au cours de laquelle il est rejoint par son ami Richie Faret, à l'harmonica. Backton s’assied une dernière fois derrière le piano pour chanter à la perfection le "Whiskey and gin blues" d'un certain Memphis Slim. Son timbre est volontairement imbibé et semble émaner d’un juke joint enfumé. Nico malmène son dobro pour enfin chanter Backton, lors d’un boogie blues intitulé "Phils bar blues", un bar situé au cœur des Marolles, rue Haute à Bruxelles. Le trio recourt une ultime fois à l’électricité pour nous balancer "Early in the morning". Les trois musiciens chantent à l’unisson. La guitare électrique se libère sur un rythme syncopé, en adoptant l'axe Memphis-New Orleans. Un album fort sympathique et de bonne facture, conçu sous la forme d’un credo.

Nederlands
Français 
