Yann Cole était encore un gosse, lorsque sa famille (NDR : de nationalité française !) s’est expatriée dans le Sud des Etats-Unis. Il a donc vécu toute sa jeunesse là-bas. Ce qui lui a permis de découvrir le patrimoine musical de Memphis à la Nouvelle Orléans, en suivant le cours du Mississippi. Quand il revient à Paris, il possède un bagage musical suffisant pour jouer sa propre musique : un cocktail subtil de soul, de funk et de blues. Il milite tout d’abord au sein de formations comme Lazy Rooster ou le Little Big Band. Puis décide de driver son son propre band. Un choix qu’il n’a opéré que récemment. Yann aime la musique noire. Celle de Ray Charles, Stevie Wonder, Prince et BB King. "Soulmate" constitue son premier album. Pour l’enregistrer, il a reçu le concours de son équipe. C'est-à-dire Kim Yarbrough, un New-yorkais dont la carte de visite mentionne l’une ou l’autre collaboration en compagnie de Bernard Allison et Lucky Peterson, le drummer Stéphane Minana, et le claviériste Laurent Daire, un musicien extrêmement influencé par Stevie Wonder, Billy Preston et Herbie Hancock. Pour la circonstance, le line up est enrichi d’une section de quatre cuivres. Hormis trois reprises, Yann a composé le reste des compos de cet opus.
"Soulmate" s’ouvre dans le funk. Plage nerveuse, "Superman of the night" évolue dans un registre proche de Stevie Wonder. Instantanément, nous sommes touchés par la voix bouleversante, très musicale, de Yann. Tous les instruments contribuent à la conception de la trame funk. Les cuivres soulignent les vocaux. Particulièrement expressive, une guitare prend son premier envol. Très blues, cette excellente entrée en matière lorgne du côté de BB King. Cette même guitare introduit "Ain't nobody". La voix du leader est imprégnée d’une sensibilité naturelle. Elle peut même se travestir en de multiples instruments. Kim et Laurent rejoignent les chœurs subtilement funky de cette compo sculptée dans une soul moderne rappelant Steely Dan voire Darryl Hall & John Oates. Invariablement, cette guitare est caressée par des doigts agiles et lestes. Elle vagabonde et ouvre pour le saxophone. Une plage qui accroche! Et "Midnight lover" est du même niveau. "Hot girl" trempe dans le pur funk. Les drums métronomiques de Stéphane sont ici mis en exergue. Mais également le jeu varié de Laurent sur l'orgue Hammond. Tantôt au service du rythme, tantôt en solo, il invite à la danse. La première reprise est celle du "I wish It would rain" des Temptations. Une interprétation heureuse et empreinte de douceur ; mais paradoxalement parcourue par cette voix terriblement expressive face au seul piano de Daire. Cole chante alors le "(Don't you lie to me) I get evil" de Tampa Red, à la manière d''Albert King, mais dans une version funk dansante. Une bien jolie introduction au saxophone nous annonce le bouleversant "Motherless woman". La mélodie est accrocheuse. Yann dialogue avec ses cordes. Certainement, un des sommets de l'album. Les atouts des musiciens sont bien mis en exergue tout au long d’une autre ballade : "Have I got the right". Les voix, le rythme et l'orgue Hammond en particulier. Bonne surprise, l'album s’achève dans le blues. Tout d'abord "No good man". Un solide shuffle rehaussé par la présence du plus texan des guitaristes français : Phil Fernandez, le leader de Big Dez. La finale est consacrée à une cover du "Ain't nobody's home" de BB King. Agrémentée à la sauce Yann Cole, elle préserve cependant l'esprit de Memphis, y compris les voix, les cuivres et l'orgue. Dans le style, cet opus est remarquable. Yann Cole : un artiste, une voix à suivre!

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