Il faut remonter à « L’Art des Bruits », le manifeste publié en 1913 par le futuriste italien Luigi Russolo, pour comprendre le lien qui existe entre les musiques électroniques actuelles et l’avant-garde dite ‘contemporaine’. Que ce soit Fennesz, Squarepusher, Varèse ou Pierre Henry, tous ces artistes s’avouent ainsi convaincus du pouvoir créateur de la machine, et du ‘bruit’ comme musique à part entière… Et même si les technophiles d’aujourd’hui font souvent référence aux maîtres savants de la musique répétitive, sérielle ou concrète pour se donner une certaine contenance (l’héritage existe, mais il lui manque le ‘groove’…), on ne peut nier l’influence de Pierre Schaeffer, de John Cage et de György Ligeti chez des bidouilleurs populaires comme ceux qu’hébergent actuellement le label anglais Warp. La série de concerts ici compilés n’a donc rien de superfétatoire : il suffit par exemple d’écouter le « Gesang der Jünglinge » de Karlheinz Stockhausen pour comprendre d’où vient le « Windowlicker » d’Aphex Twin, et l’intégrale de Steve Reich pour saisir la portée hypnotique d’un track à la Underground Resistance… Une fois la formule assimilée, il devient facile de plonger dans les 19 compositions de ce double cd, sur lequel on retrouve six morceaux de Richard D. James et de Tom Jenkinson réarrangés par David Horne, le chef d’orchestre de la London Sinfonietta (une sorte d’équivalent de notre ‘Ensemble Musiques Nouvelles’). Selon ses propres dires, la retranscription orchestrale de ces tracks électro se révèle ‘impossible’, d’où sa volonté de les considérer comme de ‘nouvelles compositions originales, pour orchestre’ – et ça fonctionne ! En faisant ainsi se côtoyer Ligeti, Aphex Twin, Squarepusher et John Cage, le label Warp et le London Sinfonietta voulaient sans doute une fois pour toutes tordre le cou aux clichés qui collent encore à la techno (et affiliés), à savoir que celle-ci ne serait pas de la ‘musique’, puisque l’ordinateur n’est pas un ‘instrument’… Eh bien voilà la vérité : les guitares ne poussent pas dans les arbres, et un orchestre peut jouer « AFX237 V7 » si on le lui propose. Voilà la grande révolution : ne reste plus qu’à le dire à Jack White, pour qu’il ne meure pas idiot.
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