Paru mi septembre 2005, ce dernier album de BB souffle ses 80 bougies (NDR : il est né le 16 septembre 1925 à Itta Bena, dans le Mississippi). Et à nouveau, il a voulu célébrer cet anniversaire (NDR : à moins que ce ne soit son label) en opérant de multiples collaborations en compagnie d’artistes notoires, à travers ces fameux ‘duets’ dont il semble si friand ! Il avait ainsi commis "Blues summit" en 93, "Deuces wild" en 1997 et encore "Riding with the King" en 2000 ; et ce dernier flanqué d’Eric Clapton. BB est une légende vivante. Immédiatement détectable, son style a inspiré maints et maints guitaristes ; et en particulier ceux qui firent le succès du British Blues Boom et du renouveau du blues aux USA. Parmi les plus célèbres citons Clapton, Peter Green ou encore Michael Bloomfield. Sa carrière a été couronnée de succès, c’est le moins qu’on puisse dire. Mais surtout et avant tout, il a popularisé une multitude de classiques du blues : "The thrill is gone", "3 o'clock blues", …
Dès l'ouverture, il nous propose la meilleure plage de l’opus : "Early in the morning". BB et Van Morrison, le sublime Irlandais, conjuguent leur voix. L’homme de Memphis fait vibrer Lucille, mais en manifestant beaucoup de retenue. "Tired of your jive" libère pas mal de swing. Les guitares de BB et de Billy Gibbons du ZZ Top s'échangent les notes en ouverture. La voix rocailleuse de Billy est facilement reconnaissable. Pour attaquer le joyau "The thrill is gone", BB a invité son ami Eric Clapton. La version est de bonne facture, mais ce n'est certainement pas la plus convaincante de ce canon du blues. Le "Need your love so bad" de Little Willie John baigne au sein d’une ambiance très laidback. BB chante comme un dieu ; mais la féline Sheryl Crow fait un peu tapisserie. Sa voix et sa démarche paraissent même ici assez fades. "Ain't nobody home" évolue dans un tout autre registre. Soutenu par un front de cuivres, BB goûte au "Philly sound". Pour la circonstance, il est rejoint par d'anciens maîtres du genre : Darryl Hall et John Oates. Bénéficiant du concours du très jeune chanteur, John Mayer, la version de "Hummingbird" me plaît beaucoup. Une compo douce et mélodique, au cours de laquelle les deux voix libèrent énormément de feeling. (NDR : John Mayer vient de graver un excellent album live, "Try it", au sein d’un trio qui implique également Steve Jordan et Pino Palladino). Mark Knopfler (Dire Straits) marque "Fly away" de sa présence. Un moment fort intéressant abordé dans un esprit assez étranger au blues. Les guitares sont exquises et l’excellent piano omniprésent. R&B très cuivré, "Driving wheel" est issu de la plume de Junior Parker. BB est épaulé aux vocaux par Glen Frey des Eagles. Malheureusement, il ne jouit pas d’une voix taillée pour chanter le blues ni pour épouser celle bien plus puissante et orgueilleuse de BB. Long blues lent, "There must be a better world somewhere" est illuminé par la voix de notre King. Par contre Gloria Estefan aurait mieux fait de s’abstenir. Sans pourtant tomber dans le ridicule, Roger Daltrey démontre qu’on ne s’improvise pas chanteur de blues. Surtout quand on doit faire face à son ambassadeur le plus prestigieux. "Never make your move too soon" en est la plus belle illustration. BB est enfin confronté à un partenaire capable de rivaliser avec sa voix ; en l’occurrence un autre vétéran : Bobby Bland. Un remarquable exercice de style opéré tout au long du très dépouillé "Funny how time slips away". L'album s’achève par un boogie furieux immortalisé live : "Rock this house". Elton John tape assez lourdement sur ses touches en ivoire, mais chante un ton en dessous de BB. Heureusement que Lucille se déchaîne. Croisons les doigts pour que BB ait encore le temps de vivre un album plus déterminant avant de rendre son dernier soupir...

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