Mitch Kashmar est un brillant harmoniciste qui jouit d’une solide réputation chez lui, en Californie. Agé de 46 ans, il est originaire de Santa Barbara, au nord de Los Angeles. Dans les années 80, il avait conduit les Pontiax, responsables d’un album sur le label belge Blue Sting. L'équipe du label Delta Groove et en particulier son boss Randy Chortkoff (NDR : également producteur), l’ont accueilli à bras ouverts. Ils lui avaient d’ailleurs déjà permis de graver "Nickel & dimes", l’an dernier.
Ce disque libère un punch incroyable. Et l’ouverture, "I got no reason" en est une belle démonstration. Conduite par l'harmo de Mitch et dynamisée par la guitare enthousiaste de Junior Watson, cette entrée en matière royale est sculptée dans le jump pur et vigoureux. En outre, il y a du beau monde derrière : Fred Kaplan au piano, Richard Innes des Hollywood Blue Flames aux drums et Rick Reed à la basse. Mitch est bien dans son élément lorsqu’il reprend le "Dead presidents" de Willie Dixon. Il y manifeste ici la présence et la puissance créative d’un Sonny Boy Williamson. Mitch empoigne les shakers pour entretenir les rythmes exotiques de "Green bananas", pendant que les claviers de Jim Calice lui confèrent une ambiance festive et joyeuse. Les percussions sont encore bien présentes tout au long de "Funky dee". Le tempo oscille du funk au jazz. Le souffleur empoigne son instrument chromatique et érige, tout en finesse, une bien agréable pièce instrumentale. Mitch jouit d’une excellente plume. Il a écrit plus de la moitié des plages de ce nouvel opus. Le titre maître est soutenu par une section rythmique qui transpire le swing. Un excellent jump blues au cours duquel la sobriété et l’inventivité de John Marx, un ancien collaborateur de William Clarke, fait merveille. Au chant, Kashmar se montre régulièrement à son avantage. En outre, il est capable de dispenser de petites phrases assassines dans les aigus à l’aide de sa musique à bouche. Et le blues vivifiant "Night creeper" en est la plus parfaite illustration ; un fragment au cours duquel Watson en profite pour se déchaîner sur son manche. La joie envahit les cœurs de tous ses musiciens. Le bourbon coule à flots. La folie semble avoir envahi les studios. On a même parfois l’impression de retrouver la chaleur d'un club de L.A. Tous les amis sont venus rejoindre l’équipe pour assurer les chœurs de "Half pint a whiskey", un titre complètement déjanté au cours duquel Watson ne tient plus en place! Notre souffleur se réserve un espace roots, lorsqu’il ne tolère plus derrière lui que l'éclatant Alastair Greene préposé à la National steel guitar. Le duo vire à l’unplugged pour un "Black dog blues" efficace et tonique. Chortkoff est également un harmoniciste talentueux. Il adore mettre son grain de sel sur les œuvres de ses poulains. Il chante donc son "You dogged me", un morceau qui rappelle étrangement le répertoire de Jimmy Reed. Il expire dans les aigus de la même manière, pendant que Kashmar assure les parties de basse sur son instrument. Son maître à souffler est incontestablement Little Walter. Sans surprise, Mitch reprend son "Up the line". Il fait honneur à son ancien maître du Southside de Chicago. Il est hanté par son génie. Et c'est limite si on se rend compte de la présence de Junior Watson et de Rusty Zinn sur la même scène.

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