‘Là où ça sent la merde, ça sent l’être’, disait Artaud en plein délire surréaliste, et il avait raison. Le cloaque, voilà ce qui nous attend, et on s’y étouffera la panse en attendant qu’arrive le radeau, embarcation maudite, destination l’Enfer de Dante, prisonniers de tombes en feu, et pour ceux qui résistent, la noyade dans du sang bouillant. « S’en sortir pour aller où ? », titre la dixième chanson de ce disque retors : nulle part mon vieux, si l’on en croit ton accent toulousain. Frédo Roman ne mâche pas ses mots, tellement ils sont coriaces : on dirait qu’ils lui brûlent le palais, avant d’être recrachés de travers. Pour les textes, allons voir du côté d’un Michaux, d’une Zürn, ou d’un bon vieux Fedor. Roman habite les sous-sols de notre société, qu’il scrute l’œil inquiet comme si lui-même, dernier rescapé raisonnable, n’était plus qu’une putain de légende. L’homme agonise, il pactise avec le diable, sous toutes ses formes. Alors, mieux vaut crier ses amygdales, dans un dernier sursaut d’amour : pour son prochain, qui court à sa perte, à toute vitesse, le cou tendu vers l’abîme. Il faut y aller, dans ces endroits de la terre où l’on peut trouver quelqu’un d’assez dégénéré pour vous tirer dessus. Après… Mieux vaut prendre tout ça avec un brin d’humour. On peut même danser sur Nonstop, en levant ses béquilles sur le breakbeat hip hop, le gimmik electro, le juron rock. Michniak (Diabologum, Programme) et le frérot (Richard, ex-Diabologum lui aussi) s’occupent de donner la cadence aux consoles, tandis que Roman se plaint qu’on lui ‘dit jamais rien’, et c’est pour ça qu’il gueule. Poète parano, le Toulousain préfère nous foutre la trouille que chanter des mensonges : c’est un insurgé du corps, qui se sert du langage pour conjurer la peur et la colère. Tout ira bien, vous allez voir.

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