35 ans après la sortie de son tout premier opus, Bonnie Raitt vient de commettre son 18ème album! Un disque pour lequel elle est toujours armée de sa slide. Née à la fin des 40s, la rouquine a passé sa jeunesse à Los Angeles. Fin des 60s, elle déménage vers Cambridge, dans le Massachusetts. Elle y étudie les relations sociales à l'université de Harvard. Activiste, elle milite alors pour les mouvements civils et sociaux. Et déjà, écoute beaucoup de blues et de folk. Très vite, elle choisit la vie d'artiste et ouvre les concerts de légendes comme Mississippi McDowell, Son House, Muddy Waters ou John Lee Hooker. En 1971, paraît son tout premier album. Chez Warner. Et il est éponyme. Depuis, elle a pas mal bourlingué sur les routes, à travers le monde. Elle a également enregistré de nombreux albums, dont certains seront primés ; à l’instar de "Nick of time" en 90, "Luck of the draw" en 91, "Longing in their hearts" en 94 et le double live "Road tested" en 95. Une première, Bonnie produit ce "Souls alike". Elle a bien sûr reçu le concours de ses musiciens : Jon Cleary aux claviers, James Hutchinson à la basse, Ricky Fataar aux drums et George Marinelli aux guitares. Sans oublier Mitchell Froom aux claviers (synthétiques et classiques), John Capek, David Batteau et une brochette de vocalistes dont Maia Sharp (NDR : elle signe par ailleurs trois titres de cet elpee). Elle n'y interprète pas ses propres compos, mais reprend des chansons d'artistes peu connus.
Elle ouvre l’œuvre par "I will not be broken", une ballade roots rock aux accents R&B. Elle y met déjà en exergue sa superbe voix. Le "God was in the water" de Randall Bramblett est une plage de très bonne facture et bien plus aventureuse. L'instrumentation est bien en place et la première intervention de la slide ne se fait pas attendre, libérant un son étrange, blafard et bien épais. Ces sonorités travaillées, torturées, évoluent devant le riff hypnotique des cordes de Marinelli. L'environnement est entretenu par des notes découpées sur le fil du rasoir. "Love on one condition" est manifestement sculpté dans le funk. Nous ne sommes ici plus tellement loin de la démarche d’un Little Feat. La solution sonore est riche, très riche. Le décor complexe. Divers instruments s’y rencontrent et s'entrechoquent : slide, piano, guitare rythmique et percussions. Etonnant! "Unnecessarary mercenary" est également issu de la plume de Cleary. Un rock très New Orleans. Le piano du même Cleary roule. Bonnie conduit autoritairement et avec beaucoup d’assurance cette plage qui déménage. Ballades, "So close" et "I don't want anything to change" constituent des classiques dans le répertoire de Bonnie. La voix sensuelle et douce se promène au cœur d’une quiétude touchante et rassurante. Funky blues, "Trinkets" offre une belle occasion à notre chanteuse de manifester davantage d’agressivité dans la voix. La slide demeure oppressante, chargée d'une émotion contenue. Le backing band est homogène, sans la moindre faille. Miss Raitt maîtrise son bottleneck à la perfection, mais ses interventions, devant le piano électrique et les cordes, sont parcimonieuses. A contrario, "Crooked crown" détonne dans le paysage. On y rencontre une certaine dissonance délibérée, mais aussi des boucles électroniques injectées par Froom. Le travail sur les voix et les instruments est vraiment surprenant, quoique finalement convaincant. "Deep water" est une autre plage déconcertante. Elle est le fruit d’expériences électroniques opérées par John Capek. Signé Lee Clayton et Pat McLaughlin, "Two lights in the nighttime" concède une dernière incursion dans le rock louisianais où la slide est reine. Cet opus attachant s’achève par "The bed I made", une ballade fragile, particulièrement dépouillée, marquée par la tonalité jazz des ivoires de Cleary…

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