Randy Chorkoff a mis les petits plats dans les grands chez Delta Groove! Au même moment où des moyens conséquents ont été accordés aux nouvelles productions de BB King et de Buddy Guy, il s’est demandé pourquoi ne pas faire profiter ce bon vieil Elvin Bishop. Bientôt âgé de 66 ans, l'homme est une fameuse pointure et possède un solide pédigrée. Faut dire qu’il militait déjà au sein du Paul Butterfield Blues Band, auprès d’un autre gratteur de génie, Michael Bloomfield, au beau milieu des sixties. Bishop possède une discographie impressionnante. Ses débuts comme soliste, il les a accomplis en 1969. Il concocte alors "The Elvin Bishop Group". Puis "Feel it", l'année suivante. Né en Californie, Elvin a ensuite vécu dans l'Oklahoma avant de s’installer à Chicago. Entre 88 et 98, il signe quatre albums pour Alligator. Ses deux derniers opus sont parus chez Blind Pig : "Getting' my groove back" en 2005 et le live "Booty bumpin'", l'année dernière.
L’elpee démarre en force par la plage éponyme, une composition qui adresse un clin d'œil aux maîtres qui ont popularisé la musique qu'il aime. Il est soutenu par Kim Wilson à l’harmonica et Warren Haynes, un des gratteurs attitrés de l’Allman Brothers Band. Issu de la plume de Ray Charles, "Night time is the right time" est un classique du blues. Elvin nous en propose une excellente version. Faut dire que la voix de John Nemeth est prodigieuse. Sans oublier le concours particulièrement judicieux de la féline Angela Strehli. Elvin en profite pour démontrer tout son savoir-faire sur les cordes. "Yonder's wall" a été immortalisé live lors de la dernière ‘Legendary blues Cruise’, accomplie en octobre 2007. Ronnie Baker Brooks, le gratteur d'Eddie Clearwater, chante remarquablement. Bishop, Brooks et Tommy Castro en profitent pour participer à un véritable festival de guitares. De nouvelles sonorités illuminent le chant d'Elvin tout au long de son "Struttin' my stuff", le titre maître d’un elpee paru en 1975. Les deux guitares slide de Warren Haynes et Derek Trucks, empruntés à l’Allman Brothers Band, entretiennent un climat funky torride. Lorsque qu'une imposante silhouette noire pousse les portes du Digital Insight Studio de Las Vegas, Elvin est aux anges. L’immense BB King est venu apporter son concours à la cover du "Keep a dollar in your pocket » de Roy Milton. Un swing relaxant, caractérisé par le son BB immédiatement identifiable. John Nemeth chante encore trois plages : le "Who's the fool" de Smokey Robinson, au cours duquel on assiste à un échange royal entre les trois guitares de Bishop, Kid Andersen et du redoutable Mike Schermer (NDR : c’est également le deuxième gratteur d’Elvin en tournée). Une joute balisée par ses autres musiciens. En l’occurrence le pianiste Chris Burns, le bassiste Timm Walker et le drummer Bobby Cochran. L’adaptation du "I found out" de Junior Wells bénéficie de la présence de James Cotton et du saxophoniste Terry Hanck. La finale est paradoxalement instrumentale : "Honest I do". Un blues des swamps composé par Jimmy Reed. Nemeth est à l'harmo. Il échange ses phrases avec les riffs de Rich Kirch, un ancien gratteur de John Lee Hooker. La reprise du "Black gal" de Clifton Chenier est de toute bonne facture. Un zydeco indolent bercé par l'accordéon d'André Thierry. Bishop est seul sur scène pour interpréter "Oklahoma". Il chante en s’accompagnant à la guitare. Son pied est percussif. Le climat est agressif. Le son primaire, rugueux. Manifestement, pour cette compo, il a creusé jusqu’à ses racines : celles des fifties. La présence du très jeune combo Homemade Jamz Band est une surprise. Une formation prometteuse, responsable d’un tout bon elpee paru chez Northern Blues Music. Elle épaule Elvin sur "Come on in this house", un blues lent issu de la plume de Junior Wells. Quoique âgé de 14 ans, Ryan Perry est serein pour chanter cette compo qui nous entraîne à la croisée des chemins du Southside et du Westside de Chicago. Enfin, Elvin n'a pu résister à une solide tranche de rock'n'roll. En l’occurrence le "Send you back to Georgia" de Hound Dog Taylor. George Thorogood se réserve les vocaux. Et partage les parties de guitare avec son fidèle second couteau texan, Jim Suhler. Un tout bon opus signé Mr Bishop!

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