La congrégation est bicéphale. Victoria Yeulet chante, agite de frêles percussions et écrit les mots. Musicien, Benjamin Posser se charge des guitares, de l’orgue et des percussions. Tout au plus, tolèrent-ils circonstanciellement la collaboration instrumentale de leur ami Ed Deegan. Ils sont anglais et vivent dans le quartier de New Cross, à Londres. Ben est un artiste qui possède de multiples cordes à son arc. C’est un multi-instrumentiste, mais également un poète notoire au sein des milieux branchés. Il y a plus de 20 ans qu’il roule sa bosse. Il est responsable de plusieurs albums en solitaire ; mais d’un seul en compagnie du groupe Tap Collective. Ensemble, ils ont composé les douze chansons de cette première œuvre. Parmi leurs influences, ils citent volontiers des bluesmen mythiques comme Son House, Bukka White et Skip James ainsi que des rockers comme Buddy Holly et Bo Diddley.
La force naturelle et tranquille de la voix de Miss Yeulet nous étreint immédiatement. L’univers est dépouillé. La guitare est pourtant bien présente et seules quelques percus agitent le décor sonore. L'ambiance devient de plus en plus lugubre sur "I was a fool". Les cordes véhiculent des accents métalliques. Le bottleneck glisse subrepticement le long du manche de Ben. Un faible écho intensifie la sensation de mal être qui nous envahit. "Don't pay no mind" est une compo plutôt surprenante. Imaginez le beat de Bo Diddley précipité dans l'ambiance des premiers disques de Buddy Holly. Alors que la voix affronte la rythmique surpuissante, de subtils grelots épicent l’expression sonore. "Head above water" nous replonge dans un passé lointain. Ecrasé par le climat suffoquant du Delta du Mississippi, on erre non loin des plantations de coton et des frêles digues du long fleuve. Les conditions de travail sont éprouvantes. Il n’y a qu’une voix et une guitare pour restituer cette angoisse quotidienne. Curieusement, j’ai parfois l’impression d’entendre un morceau du Led Zeppelin qui tourne volontairement au ralenti. Manifestement, Ben Posser sait comment s’y prendre pour permettre à la puissance vocale de sa complice d’émerger. "Never forgive" accélère le rythme. Un blues décharné, très percussif, émouvant. Notre congrégation ne veut pas nous libérer. Elle nous marque au fer. Impossible de réagir face à "Oh time love!", un boogie imprévisible. Ils repartent aussitôt sur "Hand to bear", porteurs du même message entre les dents. Le maigre public se trémousse devant les planches pourries. La voix ne désarme jamais. L'atmosphère sombre du Delta nous envahit à nouveau tout au long de "Putting you out". Le doigt d'acier accroché à la phalange de Ben glisse sinistrement le long de ses cordes. Lentement. Libérant au passage, un sentiment de tristesse infinie. Douleur que le chant n'entend pas démentir. La rythmique lourde consent à accélérer le tempo sur "Eye to eye" ; mais pour la circonstance, devant les offensives inassouvies des cordes, la voix éprouve des difficultés à se faire entendre. "The man I move" et "Feel like crying" nous transportent dans le XXIème siècle, tout en nous sensibilisant aux troubles provoqué par l'écoute des blues d'avant-guerre, décrivant la situation de leur public noir dénué. "Feel like crying" est également paru en single. Il constitue un parfait résumé de la panoplie sonore de Congregation. "There was a time" termine cet opus par les gémissements d'un amour perdu, retourné à l'état de poussière. Impressionnant!

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