Le Suédois Peter von Poehl n’est pas un inconnu pour ceux qui ont déjà jeté une oreille attentive aux disques de la galaxie Tricatel. Guitariste au sein du backing band qui accompagnait sur scène Burgalat, Chamfort et Houellebecq à la charnière des années 2000, von Poehl séduisait alors davantage les filles que les garçons par ses sourires et sa blondeur mirifiques. C’était pourtant sans compter sur le talent de songwriter de ce Scandinave émigré à Paris, qui préférera émigrer à Berlin que de rester au sein du groupe de Tricatel, bientôt rebaptisé A.S. Dragon. De cette époque à ce premier album, Peter von Poehl sera d’abord resté dans l’ombre de la production, pour son ami Florian Horvath, Doriand et l’ingénue Lio. Qu’il déboule ainsi sur le devant de la scène en tant que singer-songwriter n’étonnera donc personne, mais qu’il déboule avec un si bon disque, c’est une toute autre histoire.
Car « Going To Where… » ne s’embarrasse d’aucun détail superflu : 12 chansons d’à peine trois minutes chacune, où chaque note, chaque arpège, chaque instrument joue un rôle majeur (c'est-à-dire réfléchi) dans la quête mélodieuse de von Poehl. Voici donc le Graal 2006 catégorie pop-rock à fort potentiel commercial. Il serait sans doute vain de décrire toutes les admirables chansons qui composent cet album, du titre éponyme à ce « The Bell Tolls Five » cuivré comme une ballade militaire. Il suffit à von Poehl de mixer une guitare acoustique avec un sax et une flûte pour emballer un single pop à faire pleurer Brian Wilson (« Virgin Mountains »). De rajouter quelques cordes à une batterie câline pour sonner comme du Air vaporeux, du Neil Hannon en rien pompeux (« Travelers »). De faire péter la basse et les trompettes pour faire danser les filles, en un slow éthéré qui ne manque pas de groove (« Global Conspiracy »). De trouver le riff simple (mais funky) pour reléguer Das Pop au rang de boys band de pacotille (« Scorpion Grass »). De sortir encore de sa boîte magique un xylophone pour trousser le tube Mobistar en or (« The Story Of The Impossible », élégiaque). Et ainsi de suite…
Sans grands artifices - seulement beaucoup de talent, d’à-propos et de mélancolie - Peter von Poehl vient de signer un premier disque tout bonnement excellent. Taillé dans le même écrin que ces albums qu’on aime ou qu’on déteste parce qu’ils nous mettent à nu en même temps que leur auteur (ex : les premiers Tom McRae, Maximilien Hecker, Spain,…), « Going Where The Tea Trees Are » fait partie de ces disques de chevet qu’on aimerait partager. Si vous aimez la pop, faites confiance à ce type. Il vous le rendra bien.

Nederlands
Français 
