Aujourd’hui, Big Dez constitue certainement une des meilleures formations françaises de blues. Militant depuis 1996, elle est drivée par le chanteur/guitariste Phil Fernandez. Un personnage qui s'est souvent rendu au pays du blues pour se perfectionner et se mesurer aux musiciens locaux. Et tout particulièrement à Austin, au Texas. En mars 2003, il y a ainsi enregistré "Sail on", un elpee qui laissait transparaître un potentiel international indéniable. L’année suivante, il y est retourné ; pour mettre en boîte ce tout nouvel opus. Hormis Vincent Daune qui a cédé ses baguettes à Nico Leophonte, le line up de base est identique : Bala Pradal aux claviers, Marc Schaeller à l'harmonica et Lamine Guerfi à la basse. A l’instar du long playing précédent, quelques invités ont participé aux sessions d’enregistrement.
"Junk tour" ouvre le feu. Bala enfonce ses doigts de velours dans son clavier. La section rythmique prend ses marques. La guitare de Phil ne tient déjà plus en place et dispense de courtes phrases qui font mouche. Cueillies dans un Texas blues de choix avant d’être triturées, ces grappes de notes ne peuvent que nous mettre l’eau (NDR : le vin ?) à la bouche. Sapidité Freddie King, Long John Hunter et plus exactement Phil Fernandez. Le blues de Big Dez est d’une solidité à toute épreuve. La fête continue tout au long d’"Even me". Pradal est passé à l'orgue. Le souffle de Marc est percutant. Une attaque très caractéristique. Les invités se bousculent au portillon des studios Wire Recording. Dont une section de cuivres constituée de Gary Slechta à la trompette et de l'excellent Gordon Beadle au saxophone. Sans oublier Preston Hubbard, préposé à la basse. Chanteur particulièrement doué, Mike Cross échange des vocalises avec Phil, un ancien membre des Fabulous Thunderbirds Une deuxième guitare entre dans la danse : celle de Rodolphe Dumont. Elle attaque "Night after night", sur un tempo rock'n'roll. Le tempo persiste tout au long de "Never make a move too soon". Le chant de Phil ne présente pas la moindre faille. Sax Beadle se régale sur son sax ténor. Big Dez opte alors pour un changement de direction : la Louisiane ; et New Orleans en particulier. Nico impose le ton de ses percussions. Les touches de Pradal sont affûtées. Mike et Jacqui Cross rejoignent Phil pour chanter cet "At Gino's" contagieux. Le saxophone de Tom Robinson vibre. Pour aborder "#2", la Stratocaster de Phil libère un son pourri. Tous les instruments participent au rythme de ce shuffle bien carré, pendant que la guitare s'évade au pays des King, Freddie et BB. C'est la fête ! Et lorsque Big Dez produit un tel groove, c'est le bonheur ! Plus cool, atmosphérique, "Suspicion" est propice à de nouveaux éclats des cordes. Lors de l’instrumental "2710 S. Lamar", Marc et Bala démontrent leur savoir-faire. Bala Preadal nous donne même une leçon d’efficacité, sur son orgue, tout au long de "Big livers". Il nous transporte même à Memphis, au pays de Booker T. Plage finale, "Stroll for Madeleine", est toujours instrumentale. Elle est malheureusement trop brève à mon goût. Parce que nous sommes envahis par le climat relaxant du piano électrique de Bala ; une compo au cours de laquelle les cordes de Fernandez éclatent pour la dernière fois. Découpé en neuf fragments, « Night after night » est un album d’excellente facture. Un de plus pour Big Dez ! Au cours du mois de juillet, le groupe effectuera une tournée aux Pays-Bas (NDR : il en profitera pour enregistrer un album ‘live’), avant de se produire aux ‘Blues Passions’ de Cognac. Enfin, le 7 août, ils seront à l’affiche du Festival de Gouvy en Belgique.