Al Basile est né en 1948, dans le Massachusetts. Mais aujourd’hui, il vit à Providence, dans le Rhode Island. Partagé entre le jazz et le blues depuis la fin des années 60, il chante et joue du cornet. Ami de Duke Robillard et de Scott Hamilton, il deviendra le premier trompettiste de Roomful of Blues. Entre 73 et 75. Depuis, il a régulièrement côtoyé Duke, joué en sa compagnie et bénéficié de son concours à la production pour l’enregistrement des elpees "Down on Providence Plantation" en 1998, "Shaking the soul tree" en 2001, "Red breath" en 2003 et ce nouvel opus, "Blues ink". Dont le titre (NDR : l'encre bleue) est lourd de signification, lorsqu’on sait qu'Al en en a écrit toutes les plages! Pour concocter cette nouvelle plaque, il a reçu le concours de musiciens chers à Duke : Marty Ballou à la basse, Mark Teixeira à la batterie, Matt McCabe au piano (NDR : il a longtemps sévi au sein du Roomful of Blues) et Jerry Portnoy, un ancien membre du Muddy Waters Band, à l’harmonica.
Al déclare en toute sincérité "I got to love and be loved". Un Chicago blues assez classique. Il possède une bonne voix, assurée, finalement fort proche de celle de Duke Robillard. La première intervention de Jerry Portnoy est divine. "The catch-up" est du blues à ras de terre, simple et inspiré comme je l’apprécie. Duke se montre à la hauteur. Très T-Bone, le piano de McCabe assure l'accompagnement. "Just a heartache" nous entraîne vers le blues des bayous louisianais, mais en respectant une certaine rigueur dans le tempo. L’excellent "Stop knockin" évolue sur des rythmes chers aux îles, et en particulier le mambo syncopé. Matt McCabe se sent inspiré par cet exotisme, avant de céder le relais à Mr Basile qui concède son unique solo sur le cornet à pistons. L'ambiance devient relax, très calme, apaisante même, tout au long de "Hooray for me". Marty injecte un soupçon de jazz à la basse acoustique. Une compo qu’Al chante sereinement, soutenu par l'harmonica de Jerry et le piano. Quoique évoluant à un haut niveau, tous ces musiciens s'entendent parfaitement. Et lorsque le tempo s’élève sur "Full time job ", Duke en profite pour se réserver un solo finement ciselé. Retour aux Caraïbes pour "Annie get your thing on". La section rythmique réalise un superbe boulot. Une belle occasion pour Portnoy de crever l'écran. Blues lent, "Hurt me" évolue paresseusement sur un axe Baton Rouge Chicago. Une opportunité unique pour permettre à Jerry et Matt de dispenser des soli de haute facture ! "Lonesome sun" nous conduit à la Nouvelle Orleans. Mark imprime des rythmes syncopés sur lesquels le piano de McCabe frétille de bonheur. Al chante avec passion et un calme prodigieux le blues lent "School in hell". Jerry susurre de courtes phrases mélodiques sur son instrument. Remarquable ! Il ne reste plus à Duke qu’à ajouter son savoir-faire. Et l’espace de quelques notes à peine, il se montre étincelant. Le même Duke injecte de la réverbération pour créer une atmosphère lugubre, proche du voodoo, sur "Sugar shock". Blues acoustique, Fifth never " est un tout simplement savoureux. D’excellente facture, cet opus s’achève par "Say your prayers". Piano, guitare et harmo sont à l'unisson tout au long de ce slow blues proche du Chicago southside cher à Muddy Waters.