Alias Elmore D, Daniel Droixhe a presque soixante balais. Ce Liégeois de pure souche s’est alimenté au rock'n'roll des 50’s au cours de sa prime jeunesse. Il ne se convertira au blues que dans les années 60. Au contact du british blues boom. Et il lui est resté fidèle, tentant même de remonter le temps à la recherche du blues d'origine. Son goût immodéré pour la slide lui conférera ce surnom, bien entendu inspiré par Elmore James.
Pour enregistrer cet opus, il a bien sûr reçu le concours de la fine fleur de notre blues national belge : Big Dave à l’harmonica, Lazy Horse aux guitares et à la mandoline, Willie Maze ainsi que Gerry Fiévé aux drums. Live, l’opus immortalise trois enregistrements différents. C'est-à-dire celui du 13 mai 2000 accordé dans le cadre du festival ‘4rth Blues 'n Bloom’, du mois d’octobre 99 au ‘Bluesin' Belgium’ de Peer et enfin du printemps 2002 au ‘Blues Festival’ de Mönsteräs, en Suède. Hormis une compo personnelle, le répertoire est ici limité à des reprises de classiques du blues. Rien à voir donc, avec ses chansons en dialecte liégeois qui alimentaient l’elpee "Saturday night rub".
L'ouverture est royale. Elle nous permet de saisir la capacité naturelle d'immersion dans le blues de l'artiste ainsi que la complémentarité et la fraternité qui lie les différents musiciens. Une osmose qui se manifeste entre Elmore (le chant et les cordes) et Dave (l’harmo) sur la cover d’"I can't be satisfied" de Muddy Waters et celle de "Gotta move" de Homesick James (le set accordé à Houthalen en 2000) ainsi que le très roots "It ain't no lie" de Kansas Joe McCoy. Les drums de Maze sont métronomiques. Lazy participe évidemment aux échanges de cordes. De son passage à Peer, j’épinglerai l’adaptation du "Drop down Mama" de Sleepy John Estes ; un fragment au cours duquel Lazy Horse joue le rôle de Yank Rachell à la mandoline. Fasciné par le blues d’avant-guerre, Elmore est également très marqué par le mythique Robert Johnson, dont il interprète ici le 'Walking blues". Une interprétation très respectueuse, commise en Suède, au cours de laquelle Big Dave s'évade dans les aigus. Toujours en Scandinavie et pour notre plus grand plaisir, il chante son hymne "Dji N'Oûveûre qui l' londi". En dialecte d'outre Meuse ! Et la compo passe aussi bien la rampe qu’en anglais. Enivré par une mandoline délurée et un harmonica, le "It's tight like that" de Tampa Rec nous entraîne sur les rues et trottoirs du sud profond. Ce fervent de la guitare à douze cordes ne pouvait rendre hommage à Leadbelly qu’en chantant à tue-tête en compagnie de Big Dave le "Pick a bale O'cotton". Le traitement opéré sur le classique "Road runner" de Bo Diddley mérite de tourner en boucle dans votre lecteur. Très Delta Blues, il s’électrifie progressivement puis intensément sur un tempo accéléré. Excellent ! Hommage à Willie Brown, la lecture du "Broke and hungry" est chargée d’émotion. Elmore et Big Dave y échangent les vocaux. Lors du medley "Outside woman blues"/I'm so glad", ce n’est pas une femme qui est au chant, mais bien Elmore. Non seulement la conversion de son timbre est saisissante ; mais en outre, cette plage constitue un grand moment. L’artiste parvient à communiquer au public toute sa sensibilité au point de toucher son âme, alors que Big Dave donne tout ce qu'il a encore dans les poumons pour le soutenir. Paradoxalement, ces deux morceaux figuraient au répertoire du Cream en 67/68!! Les musiciens rendent également hommage aux jug bands en attaquant le "Whitewash Station" du Memphis Jug Band. Et pour conclure, ils ne pouvaient – bien évidemment – pas oublier le répertoire d'Elmore James. En interprétant un medley d’"I can't hold out" et de "My heart beats like a hammer". "Ce soir, I'm so glad", chante Elmore D. Nous aussi, nous sommes si heureux de l'entendre et surtout de l’écouter. Puisse-t-il continuer très longtemps à nous révéler son talent, à témoigner de sa générosité et à communiquer sa bonne humeur!