Le Chicago blues band le plus belge de ce bas monde est de retour ! Ou si vous préférez la troupe drivée par l'harmoniciste Pierre Lacocque et son frère manager, Michel. Le Heat change de line up pratiquement à chaque album ; et puis surtout continue de bénéficier d’un véritable cortège d'amis invités. Pierre a donc reçu le concours de la chanteuse noire Inetta Visor (NDR : elle avait déjà participé à la confection de son dernier opus, "Footprints on the ceiling", voici déjà trois ans), les guitaristes Steve Doyle et Chris Winters, le claviériste Chris ‘Hambone’ Cameron, le bassiste Spurling Banks, et le percussionniste Kenneth Smith (le fiston de Willie ‘Big Eyes’ !). Hôte prestigieux, Carl Weathersby est à nouveau de la partie, et se pose même comme le huitième membre de la formation.
« Glad you´re mine » constitue le sixième album de MH, un collectif dont la formation remonte quand même à l'aube de 1992. Néanmoins, pour l’enregistrement de ce nouvel opus, les pointures notoires ne se sont plus bousculées au portillon des studios Tone Zone, fin 2004. Miss Visor prend ainsi la lourde succession de chanteuses aussi réputées que Deitra Farr ou Katherine Davies…
La guitare de Carl Weathersby ouvre les débats. Concis, son jeu est ponctué de courtes phrases nerveuses, un tantinet agressives. Inetta chante sans réelle passion ce "Dirty deal". Pierre dispense son premier solo. Et dès les premières notes on reconnaît son style si personnel. Un style qui ne ressemble à personne d’autre, et surtout pas à celui que tant d’autres cherchent à se forger en calquant tous les plans de Little Walter, même lorsqu’ils les reproduisent à la perfection. Plage très Mississippi Heat, "Heartless pool" est imprimée sur un mid tempo. Inetta est ici bien à son affaire sur cette plage introduite par l'harmonica. Une excellent compo colorée par l’orgue Hammond de Cameron. Pierre souffle comme s’il ciselait finement de petits bijoux sonores. "She ain't your toy" évolue lentement mais sûrement. La montée en puissance est contenue, avant que Pierre ne sorte de sa réserve sur l'instrument chromatique ; une intervention immédiatement relayée par la slide de Steve Doyle. Un travail de classe, plus dur que ce que propose habituellement le Heat. La section rythmique pousse avec force et cohésion les différents solistes. Mais très en verve sur son B3, Cameron tire son épingle du jeu. Ballade allègre, "Glad you're mine" épouse les rythmes passionnés de la Nouvelle Orléans. Le climat est serein, laidback. Weathersby signe une intervention bien plus cool que d’habitude. "Hambone" s'est assis derrière le piano pour l’interprétation de "Give me yo' most strongest whiskey", un Chicago blues enlevé, très rythmé. Chris Winters en profite pour nous confectionner un bon solo sur les cordes. Balisé par les percus aux rythmes syncopés et solides de Kenneth Smith, "Cool twist" constitue une imparable base de lancement pour Pierre Lacocque. Il peut ainsi dispenser une sage intervention sur son instrument que relaie bientôt Doyle. Lors de la cover du "I'm a woman" de Leiber et Stoller, nous pénétrons dans le monde du southside blues de Muddy Waters. Inetta est ici dans son élément et chante avec passion et puissance. Si "Take my hand" montre quelques signes de faiblesse, "Love will play tricks" campe un excellent slow blues. Particulièrement relaxant et très bien maîtrisé par Miss Visor, il autorise de bien belles interventions signées Pierre Lacocque et Carl Weathersby. "Where were you" rend hommage à Magic Sam Maghett, autrefois prince du Chicago Westside. La réplique est bien saignante. Weathersby se montre très décidé devant les claquements de mains de Pierre, d’Ineta et de Spurling, ainsi que les tambourins que se réserve le producteur Michael Freeman. A cet instant l’ambiance est à son apogée. Plage instrumentale, "Jamaican night" porte bien son nom tant elle véhicule les accents dansants du reggae cher à la Jamaïque. L'album s’achève par une autre reprise de Denise Lasalle : "Real sad story". L’aventure n'a pourtant rien de triste ; et pour cause la chanson est reprise en choeur par l’ensemble des musiciens. Ce qui n’empêche pas une dernière sortie de Chris Winters. Si personnellement j’estime que « Glad you´re mine » est moins brillant que "Handyman", il faut reconnaître qu’il demeure de bonne facture. Un album live est prévu pour le mois de novembre. Il sortira chez Delmark. Alors, accrochez-vous!