Michael P. Clark est né à Vancouver. En 1963. Un Canadien qui joue du saxophone depuis plus de vingt ans, dans un style qui mêle roots, blues et jazz. Ancien élève de la University of British Columbia, il est devenu professeur tout en continuant à sévir dans les clubs de Vancouver. Il s’installe ensuite à Calgary, en Alberta, où il se produit en compagnie de Son Seals, Albert Collins ainsi que toute une série de musiciens locaux tels que Amos Garrett, Johnny V, Dutch Mason ou encore du Downchild Blues Band. « Clarkology » constitue son deuxième elpee. Il fait suite à "Saxman".
L’opus s'ouvre au coeur même de la Louisiane, au pays du zydeco. L'accordéon de Ron Casat met le nez à la fenêtre. La bonne humeur est au rendez-vous. Une invitation à prendre du bon temps au pays des bayous et du mardi gras. Ce qui n’empêche pas le saxophone de se manifester avec puissance et talent. Musicalement, la barre est déjà placée très haut ! "Forget about you" nous entraîne dans un rock'n'roll furieux. Mike possède une voix naturellement puissante. Il n’a pas besoin de la forcer. Il sort le grand jeu. Au saxophone. Ron Casat est passé au piano. Il se démène comme un beau diable pour soutenir l'ensemble rythmique. Brillante, la guitare sort également de sa réserve. Ce qui n'est guère surprenant lorsqu’on sait que Johnny V y est préposé. Un riff puissant propulsé par le sax dédoublé introduit "Morning after blues". Le son de la guitare est pourri, trafiqué à l’extrême. L’envol est impressionnant. Il arrache tout sur son passage. Johnny V - qui produit également le disque - en est plus que probablement le responsable ! Constituée de Thom Moon aux drums et de Greg Carroll à la basse, la section rythmique est solide, consistante, sans la moindre faille. Une assise idéale qui permet à Clark de dispenser un solo monumental, extraordinaire. Ces Canadiens sont terriblement efficaces. Casat hydrate la ballade funky "Alibis and lies" de son orgue Hammond, une compo chaleureuse, dense, caractérisée par la ligne mélodique infaillible du saxophone. Les musiciens s’attardent dans le dans le sud profond pour aborder le registre country. Et en particulier "Stone house", dont la bien jolie mélodie est empreinte de quiétude et de douceur contagieuse. Invité, Ian Tyson offre la réplique vocale pendant qu’Amos Garrett arrache des notes magiques de ses cordes. Retour au rythme pour "Red mile strut", une plage instrumentale qui permet à Mike Clark de disserter allègrement sur son sax ténor tout en dialoguant avec la slide de Johnny V, avant de déraper dans le honky style. L’occasion est donc belle de passer au jump. Un moment très attendu, propice au swing. Plein de verve, le sax se dédouble tout au long de "Tribute to Big". Comment ne pas avoir des fourmis dans les jambes ou ne pas laisser frétiller tous ses muscles à l’écoute de cet hommage au shouter de Kansas City, Clarence "Big" Miller. Irrésistible ! Constat personnel sur l'évolution du monde contemporain, "Storm brewing" atteint un nouveau point sommet. Le gospel envahit l’atmosphère. Les musiciens claquent des mains, martèlent les planches de leurs pieds. Les tambourins résonnent alors que la guitare de Johnny V véhicule de délicieux accents empruntés au Sud profond, en hommage à Roebuck Staples. Grand esthète de la roots music, Mike Clark nous surprend à nouveau sur "Deeper in the blues", une compo partagée entre le country swing et le honky tonk, au cours de laquelle Garrett et V s'échangent des chorus enchanteurs, à l’aide de leurs six cordes. Cet elpee s'achève par un boogie lumineux, solidement construit, très propre et convaincant. Le saxophone y fait sa sortie avec une classe certaine. Dommage que cet opus soit si court, même s’il constitue un concentré de richesses musicales. Je vous le recommande chaleureusement !