Bien que vivant à Bristol, Eddie Martin est un londonien de pure souche. Depuis une bonne dizaine d’années, il est considéré comme un des meilleurs bluesmen, outre-Manche. Il est d’ailleurs un des rares à ne pas rougir de la solide concurrence américaine. Eddie vient déjà de commettre son huitième album.
Un elpee qu’il ouvre par "Someone's making money". Sa voix est puissante et rauque. L'instrumentation évolue à un très bon niveau. Le leader joue de la guitare tout en soufflant vigoureusement dans son harmonica. Le jeune Paddy Milner siège derrière le piano. Eddie sort son bottleneck. Hanté par l'esprit d'Elmore James, il le fait glisser le long de ses cordes électriques pour produire un blues lent de haute facture. Tout au long de "Selfish guy", le jeu de slide est remarquable. Eddie chante. La slide répond avec une intensité toute dramatique. Martin est un bluesman complet. Il n'a pas froid aux yeux. Il est capable d’affronter le public seul en s’accompagnant uniquement de sa guitare. Il chante d'une voix chevrotante et autoritaire ; mais surtout avec beaucoup de conviction, de réalisme et de crédibilité le "My black Mama" de Son House. Pour "Bubble blues", il est flanqué d’un groupe au complet. Il fait sonner ses cordes comme BB King. Constituée de Marion Dalton à la basse et de Michael Wiedrich à la batterie, la section rythmique remplit son rôle à la perfection, pendant que l'orgue Hammond de Gary Baldwin tisse la trame à l'arrière. Les cuivres participent également au rythme. Tout un ensemble qui permet à la guitare de s'envoler sans jamais susciter l'ennui. Eddie est également à l’aise à l’harmonica. Dans un style proche de Sonny Terry. Il étale toute sa vivacité sur l'instrumental galopant "Bristol shakedown". Il reprend la slide pour attaquer le titre maître, un fragment empreint de passion et de feeling pour lequel il a reçu le concours de Tony Caddle à la basse et de Michael Hoddinott aux percussions. "Tell me why" démontre à nouveau toute l'envergure du bluesman anglais. Du west coast blues proche de celui que pratique Rod Piazza. Eddie souffle même dans l’harmonica chromatique tout en délivrant un solide solo sur les cordes. Et sans la moindre faille dans son intervention ! Mr Martin a beaucoup écouté Dr Ross et Joe Hill Louis. Il apprécie de jouer le rôle du ‘one man blues band’ en conjuguant voix, cordes, harmonica et percussions. Et il s’exécute sur l'émouvant "One man band rag". Lors de ce voyage au pays du blues, Eddie s'attarde dans les swamps louisianais. Le climat y est humide et terrifiant. Une atmosphère lourde qu’il reproduit tout au long du mystérieux "Barbed wire". La guitare s'enveloppe autour d'un manteau de réverbération bien inquiétant. Une plage qui ne laissera personne indifférent. Cet excellent opus s’achève par « Bone Shaker », un instrumental roots à l’ambiance relaxante et tellement riche.