Originaire de l’Ohio, mais établi à Brooklyn (New York), The National nous propose son troisième album. Un disque qui a reçu le concours de Peter Katis – personnage qui a mis en forme les deux premiers elpees d’Interpol – à la production. Pas une surprise, parce qu’il était déjà venu donner un petit coup de main, lors de la confection du deuxième opus, « Sad songs for dirty lovers », en 2003. Et puis de Padma Newsome, invité pour la circonstance à jouer du piano et de l’orgue, en sus du violoncelle ou du violon. Une participation bien plus conséquente. Dégoulinant de mélancolie et suintant d’émotion, les douze fragments de cet « Alligator » oscillent entre luxuriance et austérité, douceur et gravité, développant des mélodies qui s’inscrivent insidieusement dans votre subconscient, à l’aide d’une encre sonore indélébile. Changement radical : les petites touches d’électronique ont été gommées au profit d’une plus grande consommation d’électricité. Post punk, « Abel » évoque même le mythique Joy Division. D’ailleurs, la voix de Matt Berninger y vocifère comme le regretté Ian Curtis. Une exception qui confirme la règle, car le baryton de Matt est un peu le métronome chez The National. Son timbre peut faire penser tour à tour à Michael Gira, feu David Mc Comb (Triffids) ou encore Kevin Weatherall (NDR : le vocaliste du défunt Immaculate Fools). Et puis de ses lyrics. Qui narrent des contes douloureux de matérialisme, de sexe, de solitude, de désenchantement, de rupture et bien sûr de mort (NDR : vous vous en seriez doutés !). Parfois avec un fatalisme teinté d’humour voire de cynisme. La rencontre entre l’homme et sa réflexion. Un must, tout simplement.