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Cedric Burnside est le petit-fils du regretté bluesman noir R.L Burnside. Il était aussi son batteur. Et au cours de sa tendre enfance, il a baigné au sein de cette ambiance typique des juke joints du Delta, dans les collines du Nord Mississippi.

Steve ‘Lightnin’ Malcolm est un jeune guitariste de couleur blanche. Originaire du Missouri, il a également été contaminé par le virus du blues. Il y a quelques années qu'il rôde du côté de Holly Springs. Ce qui explique sans doute pourquoi il est parvenu à fréquenter RL Burnside et Jr Kimbrough, les rois du style. Il avait commis un elpee solo en 2005 : "Juke joint dance party".

Les deux jeunes musiciens ont donc décidé de s’associer pour enregistrer cet elpee. Le premier essai de Delta Groove dans le domaine du Mississippi blues. Randy Chortkoff, le chasseur de têtes du label, avait été très séduit par la prestation du duo, accordée au ‘Ground Zero Blues Club’ de Clarksdale. La paire avait cependant déjà concocté un disque autoproduit ("Juke Joint duo") ; mais Cédric aura donc dû attendre ses trente balais pour enfin graver –en tandem, il est vrai– un album officiel.

Leur blues est teinté de funk et de hip hop, quand il n’est pas secoué de rock déjanté. En outre, les deux musiciens sont capables de laisser libre cours à leur imagination, un peu à la manière des jam bands. Cedric et Steve se sont partagé l'écriture des quatorze plages réunies sur cet opus.

Les cordes largement amplifiées de Malcolm introduisent le morceau d'ouverture. Une compo judicieusement baptisée "R.L Burnside". Parce qu’elle rend, sans ambiguïté, un hommage au maître, tout en reflétant bien l'âme de sa musique. Presque récité, puissant, le chant de Cedric est soutenu par les chœurs féminins de Bekka Bramlett et Etta Britt. Les accords de guitare sont hypnotiques. Le beat des percus profond. Le climat de "So much love" est lourd, dense, insoutenable, saturé de sueur. La pression est constante. N'y tenant plus, Malcolm se laisse aller et se libère. Il dispense des notes imprévisibles. "My sweetheart" devait être, au départ, une chanson douce et mélodieuse. Mais le traitement infligé par le duo à la compo conduit à la transe. Lightnin' chante d'un timbre moins grave que son ami de couleur. Mais la démarche est identique. Ces deux hommes s'entendent à merveille. Véritable rouleau compresseur, "Nobody else" pulvérise tout sur son passage ; et les riffs ravageurs nous plaquent au mur. "Don't just sing about the blues" nous entraîne dans l’univers de John Lee Hooker. Un boogie aux accents accablants, mais mis à la sauce du Delta. Une belle opportunité pour autoriser de belles envolées incandescentes sur le manche. Cedric chante clairement et majestueusement, le blues lumineux "That's my girl". Afin d’apporter davantage de variation dans leur répertoire, ils s'échangent leurs instruments sur trois plages chantées par Burnside. Ce dernier se montre légèrement hésitant sur la sèche. Les percus de Malcolm entrent en action. Jason Ricci est un jeune prodige de l'harmonica. C’est aussi un de leurs amis. Il souffle tout au long de "She's got somethin' on me" et "She don't love me no more", en manifestant une passion désarmante. Et se déchaîne encore sur l'hypnotique "Mad man blues". Ces deux gamins téméraires nous prennent encore à la gorge sur "Fightin" ; et ne lâchent leur prise qu’en bout de plage. Seul "Stay here in your arms" traduit une relative quiétude. Au sein de ce monde si difficile à vivre ("World full of trouble") la six cordes s’affranchit sur un tempo assez lent, pendant que Burnside cravache sur ses fûts. Un delta blues, ma foi, plutôt envoûtant. Une chose est sûre, la musique de ce duo semble susciter la curiosité des fervents de néo blues. Leur copieuse liste de concerts, auxquels ils participent, en témoigne!

 

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