Le premier elpee de ce groupe culte est paru en 1993. Encensé par la presse spécialisée, 'Vemod' est toujours considéré comme un des 10 meilleurs albums 'prog', parus entre 1980 et 2000. Le groupe y prodiguait une musique libre et sauvage, organique, dissonante, énergique et contrastée, sombre, d'une mélancolie typiquement scandinave et fortement influencée par King Crimson (période 'Red'). Le son était brut de décoffrage, plus habituel du rock 'garage' que du 'prog'. Le chant était peu maîtrisé et hésitant ; ce qui contribuait à l'ambiance angoissante et oppressive d’une solution sonore baignant dans les sons du mellotron. Depuis, Anekdoten nous gratifie tous les 3 ou 4 ans d'un nouvel opus. 'Gravity' démarre en force par 'Monolith. Une plage énergique et intense qui nous replonge d'emblée dans l'univers familier du groupe : basse lancinante et entêtée, batterie précise et inventive, guitare en boucles ou dissonante, chant plaintif et mellotron tardif ; le tout mis au service d'un morceau triste et torturé. Plus enjoué, 'Ricochet' (NDR : la seconde plage) développe des sonorités et arrangements inhabituels, tandis que 'The War is over' campe une ballade d'une légèreté étonnante, dont certains groupes californiens seventies ne renieraient pas l'assise rythmique. La quatrième plage évoque furtivement les Doors avant d'évoluer en subtile et délicate chanson à la puissance retenue. 'SW4' commence sagement avant de prendre une direction inattendue. Et notamment à cause de cette voix incantatoire et du développement psychédélique sixties pur jus. Une agréable surprise ! Mais le sommet de l'album est sans conteste atteint par la plage titulaire, certes archétype Anekdotique, mais absolument imparable. Après une pause acoustique, 'Seljak' renoue avec la puissance et la noirceur pour clôturer l'album de la même façon qu'il avait commencé. 'Gravity' n'est certes pas la grosse claque prise en pleine figure lors de la sortie de 'Vemod'. Le CD s'immisce en nous de façon beaucoup plus subtile et progressive. Le groupe y cultive des nuances et des finesses inédites. Les contrastes et cassures sont négociés plus sereinement. Et la production, bien que pesante à souhait, est plus soignée qu'avant. Les voix gagnent en assurance et se font plus présentes. Le groupe introduit de nouvelles sonorités (vibraphone, orgue Farfisa, bidouillages maison, …). Sans trahir son héritage, Anekdoten évolue et ce dans une synthèse de directions fort différentes. Car si le groupe fait un pas vers une musique plus accessible (ambiances à la Anathema, Porcupine Tree voire, à l’instar de 'The games we play', Coldplay), il investigue de même dans le proto-prog psychédélique des sixties et se risque à des créations vraiment originales, alors que le spectre de King Crimson s'estompe. Des éclaircies viennent aussi mettre en valeur les monuments gravés dans la pierre noire et froide. Et pour notre bonheur, le mellotron inonde toujours des compositions globalement plus mélodiques. Cet opus ne risque pas de récolter les mêmes suffrages que 'Vemod', à une époque où la production 'prog' était devenue pléthorique et donc la concurrence féroce. Mais il n'en est pas moins un excellent album ; probablement un des 10 meilleurs de …l'année 2004.