Les deux premiers albums de Bertrand Betsch ne brillaient pas par leur optimisme : on y entendait un type marmonner des textes acides, l’air seul dans sa merde, incapable de se tourner vers les autres, trop peureux sans doute. Heureusement, aujourd’hui c’est fini : Bertrand Betsch n’est plus cet homme fielleux et revanchard… Quoique. Il est toujours question ici de souffrances quotidiennes, de rancœurs inavouables, de petits tracas qui donnent ce sel à la vie… Mais cette fois la douleur et l’effroi se voient enrobés d’arrangements bon enfant ou plus subtils, du reggae-tango de « Temps Beau » au jazz vaporeux des « Petits Mammifères ». « La tempête est passée, le vent est retombé » (« L’Ancienne Peau ») : Bertrand Betsch se débarrasse enfin de sa peau de petit songwriter malade et minimaliste pour devenir un grand chanteur-compositeur (« Des Gens Attendent », « Tournicotons », « Les Passe-Temps », entre Tiersen, Fersen et Souchon). Quand on touche le fond, suffit d’un coup de pied pour remonter à la surface : c’est ce que fait Bertrand Betsch sur cet album, qui de moins en moins souffre d’être sans cesse comparé à Dominique A. Il prend la tangente, et botte en touche. Drôle, touchant, féroce, mais pas suffisant. L’important c’est d’y croire.