Pour l’instant, Kim Wilson tourne régulièrement en compagnie du guitariste texan Johnny Moeller. Mais avant de sceller cette collaboration, il avait révélé un jeune et excellent gratteur, Troy Gonyea. Il l'avait d’ailleurs intégré au sein de ses Fabulous Thunderbirds, en 2002, pour succéder à Kid Ramos. Il y sévira jusqu'en 2004 ; et à son départ, deux guitaristes vont le remplacer : le blanc Nick Curran et le noir Kirk ‘Eli’ Fletcher. Troy avait apporté son concours à Kim Wilson, en 2001, lors de l’enregistrement de "Smokin' joint". Mais il va surtout se révéler début 2003, lors de la sortie de "Lookin' for trouble", paru sur le label MC. Pour la circonstance, Wilson avait d’ailleurs fait appel à toute la bande à Gonyea.
Troy est issu de la région de Boston. A l’âge de 20 ans, il fréquentait déjà et régulièrement les stars de la scène locale. Et en particulier les membres du Roomful of Blues ainsi que Jerry Portnoy, un ex-harmoniciste du Muddy Waters Band. Il lui arrivait même de seconder Sugar Ray Norcia au sein des Bluetones. Troy avait immortalisé quelques sessions studio sur une démo, afin d’étayer son cv. Elles datent de l'an 2000. Et ce sont ces sessions qui, quelques mois plus tard, ont tapé dans l'oreille de Kim Wilson. Elles ont été réunies sur cet elpee, qui ne bénéficie pourtant que d’une distribution fort discrète. A cette époque, Gonyea drivait un trio répondant au patronyme de The Premiers, impliquant le bassiste Jon Ross et le drummer (NDR : un ex-Bluestime de Jay Geils et Magic Dick) Steve Ramsey. Une des sessions a été réalisée par le combo et remonte à août 2000. L’autre date d’octobre 2000. Le line up bénéficie du concours de musiciens de Roomful of Blues, en l’occurrence le pianiste Mark Stevens ainsi que les saxophonistes Doug James (baryton) et Gordon ‘Sax’ Beadle (ténor).
Le trio ouvre l’opus par "Wonderin", un solide shuffle balisé par la section rythmique. La voix de Troy est plutôt juvénile, mais bien timbrée. La guitare trouve immédiatement sa place au sein de l’espace sonore, et se réserve même le devant de scène, en manifestant beaucoup de classe! Caractérisée par sa rythmique saccadée, la cover du "What have I done wrong" de Magic Sam Maghett poursuit dans un registre fort semblable, très Chicago westside. Les cuivres font leur apparition sur "Bad luck blues", un blues lent admirable signé Eddie ‘Guitar Slim’ Jones. Troy chante d’une voix énergique, mais chargée de feeling. Il laisse échapper quelques petites grappes de notes, après chaque phrase vocale. Stevens le talonne de près au piano. Notre jeune artiste aime le Chicago blues. Classique, notamment. Et il le démontre en empoignant sa slide pour attaquer son "Realize". Au passage, il emprunte le riff cher à Elmore James. "Tell me what's the reason" revient à une formule jump. Parfaitement huilée, elle libère énormément de swing. Mais aussi de groove. A cause de la basse acoustique de Jon Ross. Et les deux saxophones en profitent pour s’octroyer un billet de sortie. Après avoir écouté une telle plage, on comprend mieux pourquoi l'ami Kim a été séduit. Autre blues lent aux accents indolents, "Irene" opère un trait d'union entre le Texas et la Louisiane. La configuration du trio délivre à nouveau un maximum de groove tout au long du "Some other day, some other time" de Freddie King. Pour la circonstance, les percus de Steve Ramsey font la différence. Un climat qu’on retrouve sur le "Can't stand to see you go" de Jimmy Reed, une plage au cours de laquelle Gonyea double à l'harmonica. "This can't go on" constitue, à mon humble avis, le meilleur morceau de l’elpee. Un autre blues lent, issu de la plume de Troy. Soutenu par le piano de Stevens et le sax ténor de Beadle, il interprète cette chanson d’une voix bouleversante, débordant de passion. Le trio affronte "Suitcase blues" en trio. Un titre aux accents exotiques, au cours duquel la section rythmique domine parfaitement son sujet. Troy n'a alors d'autre choix que de sortir de sa réserve et concocter un solo savoureux. Pour le boogie rock 'n' roll "Mary Ann", Mark est passé derrière son clavier tandis que Troy prend beaucoup de plaisir au chant. Cet opus de toute bonne facture s’achève par une version intimiste du "Canned Heat" de Tommy Johnson, une adaptation intimiste et très respectueuse de la tradition.
Troy Gonyea milite aujourd’hui chez Howl. Encore et toujours sous la formule du trio. Une formation de rock, responsable d’une musique mêlant l'énergie punk aux accents psychédéliques, tout en s’autorisant les débordements aventureux des jam bands .

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