Walter "Dr Boogie" Depaduwa et Fito de la Parra nous avaient promis un deuxième volume des ‘Boogie House Tapes’. Ils ont tenu parole ! En sous-titrant cet opus "Canned Heat 1969 – 1999", il n’est pas trop difficile de situer dans le temps le contenu de ce double CD. Nonobstant ses 38 années d’existence, le boogie band de Los Angeles a vécu toute une série d’épreuves particulièrement douloureuses. En témoigne la dédicace aux membres disparus : Alan Wilson, Bob Hite, Hollywood Fats, Ronnie Barron, Henry Vestine, Wolfman Jack et Richard Hite.
Bob ‘The Bear’ Hite est au chant sur les quatre premières plages. "Struttin' that stuff", tout d’abord. Libérant une fameuse dose de puissance, elle date de 1977. Et la guitare subtilement déjantée d’Harvey Mandel n’y est pas étrangère. "Go to Utah", ensuite (71). Un slow blues dont le tempo est proche de "Little Red rooster". Henry Vestine et Joel Scott Hill sont préposés aux guitares. Sunflower est alors au sommet de son art. "Hell's on down the road", encore (81). Vestine et Michael Halby se réservent les cordes. Un document, car il épingle la dernière apparition de Bob Hite en studio. Enfin, "You tease me" (printemps 1970). Une prise réalisée lors d'une répétition à L.A. Le Canned Heat de la grande époque est au complet. Une compo tout au long de laquelle on distingue nettement la rythmique très caractéristique d'Alan Wilson. C’est à ce dernier que le recueil se consacre ensuite. A travers un extrait de sa dernière séance de travail concédée au cours de l'été 1970 : "Something's gotta go". Un boogie, bien entendu ! Et si Alan souffle bien timidement dans son harmonica, ce n'est pas lui qui chante mais bien Bob Hite. Deux titres ont été immortalisés ‘live’ au Ark de Boston en juin 69 : "Please don't bother me", caractérisé par une bien intéressante partie d'harmonica de Blind Owl, et "Get off my back", un boogie assez long qui met en exergue le jeu dévastateur de Vestine et les percussions luxuriantes de Fito de la Parra. On a ensuite droit à un moment particulièrement bouleversant sur les quatre fragments suivants. Quatre morceaux interprétés par le seul Alan Wilson sur son lit d'hôpital, peu de temps avant sa disparition en septembre 1970. La voix fragile d’Alan dégage tant d'émotion et de tristesse à la fois, pendant qu’il caresse sa guitare pour interpréter les excellents "Saturday blues" et "Death bed blues"! Alan manifestait beaucoup de dextérité et de profondeur dans l'attaque des cordes, comme le démontre "Blind lemon". Vestine jouait le blues avec brio, chaleur et respect. Il le vivait ! Et le superbe "Sneakin' around", un blues lent bien électrique, en est le parfait exemple. Une compo issue de la même session que "Go to Utah". Pour la circonstance, c'est Joel Scott Hill qui se charge des vocaux. En février 72, lors d’un radioshow accordé à Boston, le Heat est rejoint par deux membres essentiels du J Geils Band. Peter Wolf chante en compagnie de Bob Hite alors que Magic Dick a empoigné l'harmonica. Cette collaboration accouche d’un funk brûlant et tout en puissance. Etonnant ! Tout aussi curieux, le célèbre DJ Wolfman Jack chante devant le Heat, un excellent et vivifiant "Wolfman's blues". A mon humble avis, c'est le Bear qui souffle dans l'harmo! Ce premier disque s’achève par une série d'annonces commerciales qui datent de 68 à 70. D'intérêt purement historique et destinés exclusivement aux vrais fans du Heat, ces extraits se révèlent plutôt amusants. A l’instar de « Seven Up Boogie & Blues », un clin d'œil aux jeans Levis, ou encore leurs propres pubs pour "Living the blues", "Boogie with Canned heat" et "Hallellujah". Le deuxième disque est consacré à des prestations accordées en public au cours des années 80 et 90. Notre Dr Boogie avait emporté son ‘mini cassette stéréo’ pour suivre le Heat à Dortmund, Paris et Roermond, au printemps 94. Il en a retenu sept prises pour rendre justice à ceux qui entouraient alors Fito et Sunflower : James Thornbury au chant, à la slide et à l’harmo, Ron Shumake à la basse et un certain Junior Watson à la guitare. Parmi ces morceaux figurent quelques fleurons : le "Red headed woman" du Hollywood Fats Band, "Turpentine moan", "Oh baby" et une version du torride "Sunnyland" d'Elmore James impliquant James T à la slide. Retour en 86, à l'hôtel Hilton de Reno, dans le Nevada. Un témoignage au cours duquel on retrouve le chanteur pianiste Ronnie Barron. Ronnie possédait la voix puissante d'un shouter, et son jeu de piano apportait manifestement une touche d’originalité au Heat. Si ses interventions sont impériales sur "Built for Comfort", "Dizzy Miss Lizzy" et "Worried life blues", il serait injuste de passer sous silence le rôle de Larry Taylor à la basse. Lors d’une répétition opérée chez lui, en 94, Fito est entouré de Larry, James T et Harvey Mandel. Une réunion qui nous vaut un décoiffant "Gamblin' woman". L'album s’achève à Barcelone. En 1996. Walter Depaduwa, le fan n°1 du Heat, s’y était rendu. Epaulé par Fito et Mark Goldberg, Junior Watson est en super forme. Sous ce line up, ils exécutent l'instrumental "Mambo Tango". Henry Vestine et Robert Lucas sont de retour pour les trois dernières plages. Quel plaisir de retrouver la voix puissante et graveleuse de Robert Lucas ! Un des meilleurs musiciens qui ait transité par le Canned Heat. Un authentique bluesman, remarquable à la slide et à l'harmonica. Il interprète ici ses compositions : "Quiet woman", "Creole queen" et "A little time with me". La deuxième partie du testament consacré au best boogie band in the world vaut son pesant d’archives. Et dans le style il est fameux !