M-1 et Stic.man font partie de ces rappers qui n’ont pas leur langue en poche pour pointer les dérives de notre société : en appuyant là où ça fait mal, ils se posent en dignes successeurs d’artistes comme Public Enemy et KRS-One, féroces justiciers d’une Amérique impérialiste et raciste qui préfère miser sur sa Bourse qu’aider ses opprimés, cette lie du peuple dont il n’y aurait rien à tirer… L’argent, seul rêve américain pour lequel il serait digne de se battre… M-1 et Stic.man préfèrent, eux, parler de liberté : 50 Cent (le clin d’œil du titre), avec ses grosses bagouzes et ses allures de « pimp » de série B, n’est qu’un pantin dont les fils sont cousus de fil blanc. Rien de vrai là-dedans, que du commerce de grossiste en émotions prédigérées. L’Amérique, quoi… Mais Dead Prez est là pour redresser la barre : à travers des titres comme « Tallahassee Days », « Afrika », « Paper, Paper », « Window To My Soul », M-1 et Stic.man défient tous ces rappeurs gangsta payés par l’Etat de dire la vérité, de clamer leur liberté. Qui, de ces « Niggers (soi-disant) With Attitude », peut se targuer d’être honnête, envers lui-même et son public ? Qui d’entre eux préféreraient la liberté, de conscience et d’opinion, à celle du billet vert et de la gloire ? Une liberté pourtant bancale, qui dissimule en fait une bien triste dépendance au pouvoir, celui des masses. M-1 et Stic.man ont choisi de rester libres, en toutes circonstances. Qu’on ne leur reproche pas cette indépendance que beaucoup de salariés d’MTV qualifieraient d’outrancière : eux n’ont de compte à rendre à personne, et c’est ça qui font d’eux de vrais rappers.